Code CIM-10 : I50

Insuffisance cardiaque : comprendre, se soigner et bien vivre sur le long terme

Rédigé par (LinkedIn), MediScribe · Publié le 2 octobre 2026 · Recommandations HAS, ESC 2021 et 2023

L'insuffisance cardiaque veut dire que le cœur pompe moins bien. Il n'envoie plus assez de sang au corps, ou il doit forcer pour y arriver. Le cœur ne s'arrête pas. C'est une maladie qui dure toute la vie, mais elle se soigne. Avec les bons médicaments et quelques gestes chaque jour, on peut vivre de longues années avec elle.
Appelez le 15 tout de suite si :

Prise de poids de plus de 2 kg en 3 jours, chevilles plus gonflées, souffle plus court, toux la nuit : appelez votre médecin ou votre infirmier le jour même.

Qu'est-ce que l'insuffisance cardiaque ?

En bref : le cœur est une pompe qui fatigue. La maladie dure toute la vie. Un traitement bien suivi freine son évolution et soulage le souffle.

Le cœur est un muscle qui sert de pompe. À chaque battement, il envoie le sang dans tout le corps. Le sang apporte l'oxygène aux muscles et aux organes. Dans l'insuffisance cardiaque, cette pompe marche moins bien. Le sang circule moins vite et l'eau s'accumule dans le corps : dans les poumons, dans les jambes, parfois dans le ventre.

C'est pour cela qu'on s'essouffle et que les chevilles gonflent. Le mot « insuffisance » fait peur. Il veut seulement dire que le cœur ne suffit plus tout à fait aux besoins du corps.

En France, 1,4 million d'adultes vivent avec une insuffisance cardiaque, soit 2,6 % des adultes (Santé publique France, données 2022). La maladie touche surtout les personnes âgées. Elle peut aussi arriver plus tôt.

Les formes de la maladie

Le médecin mesure la fraction d'éjection. C'est la part du sang que le cœur chasse à chaque battement. Chez une personne en bonne santé, elle est en général de 50 % ou plus.

FormeFraction d'éjectionCe qui se passe
Fraction d'éjection réduite40 % ou moinsLe muscle se contracte mal. Il chasse peu de sang.
Fraction d'éjection légèrement réduite41 à 49 %Le muscle est un peu affaibli.
Fraction d'éjection préservée50 % ou plusLe muscle se contracte bien, mais il est raide. Il se remplit mal.

Classification de la Société européenne de cardiologie (ESC 2021).

Le traitement change selon la forme. Demandez votre chiffre à votre cardiologue et notez-le dans votre carnet.

Pourquoi le cœur s'affaiblit

Il y a souvent une cause. Parfois plusieurs :

Le diabète, l'obésité et le tabac augmentent aussi le risque. Connaître la cause aide à mieux soigner. Une valve se répare. Un rythme trop rapide se calme.

Quels signes doivent faire penser à une insuffisance cardiaque ?

En bref : un essoufflement nouveau, des chevilles qui gonflent, une prise de poids rapide ou une fatigue inhabituelle doivent faire consulter. Plus le diagnostic est fait tôt, plus le traitement protège le cœur.

Au début, les signes sont légers. On les met sur le compte de l'âge ou de la fatigue. C'est une erreur fréquente. La Fédération française de cardiologie propose quatre lettres pour s'en souvenir : EPOF.

EEssoufflement
PPrise de poids rapide
OŒdèmes : chevilles et jambes gonflées
FFatigue inhabituelle

D'autres signes comptent aussi. Vous dormez avec plus d'oreillers pour mieux respirer. Vous vous réveillez la nuit essoufflé. Vous toussez quand vous êtes couché. Le ventre gonfle et l'appétit baisse. Le cœur bat vite, ou de façon irrégulière.

Qui doit surveiller ces signes de près ?

Les personnes qui ont déjà eu un infarctus, une hypertension, un diabète, une fibrillation atriale, une maladie des reins, ou des cas de cardiomyopathie dans la famille. Si vous êtes dans l'un de ces cas, parlez de ces signes à votre médecin dès qu'ils apparaissent. Une simple prise de sang suffit souvent à faire le tri.

Les quatre stades de la gêne

Les médecins classent la gêne en quatre stades. On parle de classification NYHA.

StadeCe que vous ressentez
IAucune gêne dans la vie de tous les jours.
IIGêne lors des gros efforts, par exemple monter plusieurs étages.
IIIGêne lors des petits efforts : s'habiller, marcher dans la maison.
IVGêne même au repos.

Le stade peut changer dans les deux sens. Avec le traitement, on peut redescendre d'un stade.

Comment le médecin pose-t-il le diagnostic ?

En bref : le diagnostic se fait en quatre étapes. L'échographie du cœur le confirme et donne la forme de la maladie. Ensuite, le médecin cherche la cause.

Le diagnostic d'insuffisance cardiaque commence par l'examen du médecin et un dosage du BNP ou du NT-proBNP dans le sang. L'échographie du cœur confirme ensuite la maladie et mesure la fraction d'éjection.

Quels examens pour suivre une insuffisance cardiaque ?

En bref : certains examens servent au diagnostic, d'autres au suivi. La prise de sang et l'échographie reviennent souvent, car elles montrent si le traitement marche et s'il est bien toléré.
ExamenÀ quoi il sertComment ça se passe
Prise de sangBNP ou NT-proBNP. Reins (créatinine). Potassium et sodium, que certains médicaments modifient. Globules rouges et fer.Une piqûre au pli du coude, au laboratoire ou à domicile.
ECGRythme du cœur, trace d'un ancien infarctus.Des électrodes collées sur la peau. Quelques minutes, sans douleur.
Échographie cardiaqueFraction d'éjection, valves, pressions dans le cœur.Allongé sur le côté, avec un gel froid sur la poitrine.
Radiographie du thoraxEau dans les poumons, taille du cœur.Debout, quelques secondes.
Holter ECGEnregistre le rythme sur 24 heures ou plus.Un petit boîtier porté sur soi, à la maison.
IRM cardiaqueRegarde le muscle en détail pour trouver la cause.Allongé dans un tunnel, sans rayons. Voir notre fiche imagerie médicale.
Coronarographie ou coroscannerCherche une artère du cœur rétrécie.Un produit de contraste injecté, par un cathéter ou au scanner.
Épreuve d'effortMesure ce que vous pouvez faire. Prépare la réadaptation.Sur un vélo ou un tapis, avec un ECG.
ECG 12 dérivations annoté : tachycardie sinusale, QRS élargis, ondes T négatives et sous-décalage du segment ST, signes pouvant évoquer une insuffisance cardiaque
Exemple d'ECG pouvant orienter vers une insuffisance cardiaque : cœur rapide, QRS élargis, anomalies de la fin du tracé. Un ECG seul ne pose pas le diagnostic : il faut aussi la prise de sang et l'échographie du cœur. Image pédagogique MediScribe générée avec Google Gemini.

Le fer, un examen souvent oublié

Un manque de fer est fréquent dans l'insuffisance cardiaque. Il fatigue et essouffle, même sans anémie. Il se voit sur la prise de sang (ferritine et coefficient de saturation). Il se corrige par du fer en perfusion, recommandé par l'ESC depuis 2023 chez certains patients. Demandez si ce dosage a été fait.

Qu'est-ce qu'une décompensation cardiaque ?

En bref : c'est une aggravation rapide, souvent en quelques jours. La balance la repère avant que vous ne la sentiez. Appeler tôt laisse le temps d'ajuster le traitement à la maison.

Une décompensation cardiaque est une poussée de la maladie. Le cœur était équilibré par le traitement, puis quelque chose le déstabilise. L'eau s'accumule vite dans le corps. Le premier signe est souvent une prise de poids de plus de 2 kg en 3 jours.

En 2022, 181 178 adultes ont été hospitalisés pour une insuffisance cardiaque en France. Le séjour durait en moyenne 10,6 jours (Santé publique France). Une partie de ces séjours peut être évitée quand les signes sont repérés à temps.

Ce qui peut déclencher une poussée

Les trois zones : que faire selon ce que vous ressentez

Zone verte : tout va bienPoids stable, souffle habituel, chevilles comme d'habitude. Continuez votre traitement et votre pesée.
Zone orange : appelez votre médecin ou votre infirmier le jour même
  • plus de 2 kg en 3 jours
  • chevilles plus gonflées
  • essoufflé pour un effort qui ne vous gênait pas
  • besoin d'un oreiller de plus pour dormir, toux la nuit
  • fatigue ou vertiges inhabituels
Zone rouge : appelez le 15Essoufflement au repos ou impossible de rester allongé. Douleur dans la poitrine. Malaise. Crachats mousseux. Ne prenez pas le volant.

Pour savoir quand aller aux urgences dans d'autres situations, lisez notre fiche Dois-je aller aux urgences ?

Quels sont les traitements de l'insuffisance cardiaque ?

En bref : le traitement associe souvent plusieurs médicaments. Chacun protège le cœur d'une façon différente. Les doses augmentent pas à pas pendant quelques semaines, c'est normal.

Le traitement a deux buts. Il soulage les symptômes. Il protège le cœur pour l'avenir et diminue le risque d'hospitalisation.

Quand la fraction d'éjection est basse : quatre médicaments de base

Quand la fraction d'éjection est de 40 % ou moins, la Société européenne de cardiologie recommande quatre familles de médicaments : un IEC ou le sacubitril-valsartan, un bêtabloquant, un antialdostérone et une gliflozine. Ensemble, ils réduisent le risque de décès et d'hospitalisation (ESC 2021).

1
IEC ou sacubitril-valsartan

Exemples : ramipril, périndopril, ou l'association sacubitril-valsartan. Ils relâchent les vaisseaux : le cœur force moins. Les IEC donnent parfois une toux sèche. Signalez-la.

2
Bêtabloquant

Exemples : bisoprolol, carvédilol, nébivolol. Il ralentit le cœur et le met au repos. Une fatigue est possible au début. Elle passe souvent en quelques semaines.

3
Antialdostérone

Exemples : spironolactone, éplérénone. Il protège le muscle du cœur et aide à éliminer l'eau. Une prise de sang surveille le potassium.

4
Gliflozine

Exemples : dapagliflozine, empagliflozine. Ces médicaments ont d'abord servi pour le diabète. Ils protègent aussi le cœur et les reins, même sans diabète. Ils font éliminer du sucre dans les urines : soignez bien votre toilette intime.

Les diurétiques contre l'eau en trop

Le furosémide ou le bumétanide font uriner. Ils chassent l'eau en trop et soulagent vite le souffle et les jambes. Prenez-les le matin pour ne pas vous lever la nuit. Votre médecin peut vous apprendre à adapter la dose selon votre poids.

Quand la fraction d'éjection est normale ou peu baissée

Les diurétiques soulagent. Les gliflozines sont recommandées depuis 2023 (ESC). Le reste du traitement vise la cause : la tension, le rythme, le diabète, le poids.

Les appareils et les interventions

Les pièges à éviter
  • Pas d'anti-inflammatoires (ibuprofène, kétoprofène) sans avis médical.
  • Méfiez-vous des comprimés effervescents : ils contiennent beaucoup de sel.
  • Ne changez jamais une dose seul, sauf pour le diurétique si votre médecin vous l'a appris.
  • Montrez votre liste de médicaments au pharmacien avant tout achat sans ordonnance.

Vous prenez beaucoup de médicaments ? Lisez notre fiche sur la polymédication. Vous avez envie d'arrêter un traitement ? Lisez d'abord Arrêter son traitement : les risques.

Comment tenir son carnet d'automesure ?

En bref : une pesée chaque matin, notée dans un carnet, est le meilleur moyen de repérer une poussée. Ajoutez la tension et le pouls si vous avez un tensiomètre. Apportez le carnet à chaque rendez-vous.
La règle des 2 kg

Plus de 2 kg en 3 jours : appelez votre médecin ou votre infirmier (Heart Failure Matters, Société européenne de cardiologie). Cette prise de poids rapide vient de l'eau retenue dans le corps.

Mon carnet de la semaine

Nom : ______________________ · Poids de référence donné par le médecin : ________ kg · Fraction d'éjection : ______ %

Lun.Mar.Mer.Jeu.Ven.Sam.Dim.
Date
Poids (kg)
Écart sur 3 jours
Tension
Pouls
Plus essoufflé ?
Chevilles gonflées ?
Toux la nuit ?
Médicaments pris ?

Plus de 2 kg en 3 jours, chevilles plus gonflées, souffle plus court, toux la nuit : j'appelle mon médecin ou mon infirmier. Essoufflé au repos, douleur dans la poitrine : j'appelle le 15. Fiche MediScribe, mediscribe.fr.

Après une hospitalisation et à distance

Après une hospitalisation, l'Assurance Maladie propose le service Prado. Un infirmier passe à la maison les premières semaines et un carnet de suivi vous est remis. Certains patients reçoivent aussi une balance connectée : les chiffres partent directement à l'équipe soignante. Cette télésurveillance est remboursée par l'Assurance Maladie depuis 2023. Demandez si vous y avez droit.

Vous préférez un carnet sur un mois ? Notre carnet de suivi mensuel (tension, pouls, poids) convient aussi à l'insuffisance cardiaque.

Pourquoi le suivi et le traitement comptent autant ?

En bref : les médicaments agissent seulement s'ils sont pris tous les jours. Un oubli isolé n'est pas grave, un arrêt l'est. Vos rendez-vous servent à monter les doses jusqu'au bon niveau.

Quand on se sent mieux, on a envie d'arrêter. C'est justement le signe que le traitement marche. Arrêter fait revenir l'eau, et souvent l'hospitalisation.

Qui vous suit

Après une hospitalisation, un rendez-vous rapide avec le médecin traitant puis avec le cardiologue est prévu. Ne le reportez pas.

Un chiffre à connaître

Un an après une hospitalisation pour insuffisance cardiaque, 47,9 % des patients recevaient l'association recommandée d'un IEC (ou d'un sartan) et d'un bêtabloquant (Santé publique France, données 2022). Moins d'un sur deux. Demandez à votre cardiologue si votre traitement est complet et à la bonne dose.

Quatre astuces contre les oublis

Pour aller plus loin : Pourquoi prendre mon traitement tous les jours.

À quoi servent les ateliers d'éducation thérapeutique ?

En bref : un atelier d'éducation thérapeutique vous apprend à gérer la maladie au quotidien. Il est animé par des soignants formés, en groupe ou seul. Votre proche peut souvent venir avec vous.
Atelier d'éducation thérapeutique sur l'insuffisance cardiaque : une infirmière présente un tableau « Comprendre l'insuffisance cardiaque » à quatre patients assis autour d'une table avec des livrets
Atelier d'éducation thérapeutique : on y parle des signes d'alerte, des médicaments et de l'alimentation. Image MediScribe générée avec Google Gemini.

L'éducation thérapeutique du patient (ETP) aide à vivre au mieux avec une maladie chronique (Haute Autorité de Santé). Pour l'insuffisance cardiaque, les ateliers apprennent à repérer les signes d'alerte, à se peser, à manger moins salé et à comprendre ses médicaments.

On y parle aussi d'activité physique et de moral. On pose les questions qu'on n'ose pas poser en consultation. On rencontre d'autres patients, et ça compte.

Les programmes sont autorisés par l'Agence régionale de santé (ARS). Ils ont lieu à l'hôpital, en clinique, en centre de réadaptation ou en maison de santé. Pour en trouver un, demandez à votre cardiologue ou à votre médecin traitant, ou consultez le site de votre ARS.

Vous êtes soignant ?

Les fiches MediScribe s'impriment en deux clics depuis l'application, pour les remettre en consultation ou pendant un atelier.

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Peut-on améliorer son insuffisance cardiaque ?

En bref : oui, souvent. Un traitement bien suivi et la réadaptation peuvent faire remonter la fraction d'éjection et réduire l'essoufflement. Le suivi reste nécessaire, même quand tout va mieux.

Chez certains patients, la fraction d'éjection remonte au-dessus de 40 % grâce au traitement. Les cardiologues parlent d'insuffisance cardiaque « améliorée » (ESC 2021). Le traitement continue quand même : l'arrêter expose à une rechute.

La réadaptation cardiaque

Réadaptation cardiaque : un patient âgé pédale sur un vélo d'appartement, une soignante surveille sa fréquence cardiaque sur l'écran
Réadaptation cardiaque : l'effort est dosé et surveillé par l'équipe. Image MediScribe générée avec Google Gemini.

La réadaptation cardiaque est un programme d'exercices encadrés par des soignants, en centre ou en hôpital de jour. La Société européenne de cardiologie la recommande aux patients stables : elle améliore le souffle et la qualité de vie, et elle réduit les hospitalisations.

On y fait du vélo et de la marche. On y reçoit aussi des conseils sur l'alimentation et les médicaments. Demandez une prescription à votre cardiologue. Pour savoir comment travaille un kiné, lisez Pourquoi consulter un kinésithérapeute.

Les leviers à votre portée

Comment vivre au quotidien avec une insuffisance cardiaque ?

En bref : on peut garder une vie active. Il faut surtout manger peu salé et bouger chaque jour à son rythme. Le reste s'adapte avec l'équipe soignante.

Le sel

Avec une insuffisance cardiaque, il est conseillé de manger moins de 5 g de sel par jour (Heart Failure Association de l'ESC, 2024). Le sel retient l'eau dans le corps et fatigue le cœur.

Le sel caché est partout : pain, fromage, charcuterie, plats préparés, soupes du commerce, chips. Cuisinez vous-même quand vous le pouvez. Goûtez avant de saler. Les herbes, l'ail, le citron et les épices donnent du goût. Un régime totalement sans sel n'est en général pas demandé : il coupe l'appétit. Des idées de menus dans notre fiche régime DASH.

Boire

En général, buvez selon votre soif, soit environ 1,5 à 2,5 litres par jour (HFA 2024). Votre médecin peut fixer une limite pendant une poussée, ou si le sodium est bas dans le sang. Suivez alors sa consigne. Par forte chaleur, demandez-lui comment adapter le diurétique.

Bouger

Marchez chaque jour, même dix minutes. Vous devez pouvoir parler en marchant. Augmentez peu à peu. Arrêtez-vous en cas de douleur dans la poitrine, de malaise ou d'essoufflement anormal.

Travail, voyages, volant

Le retour au travail est souvent possible. Voyez le médecin du travail pour adapter votre poste. En voyage, gardez vos médicaments dans le bagage à main avec l'ordonnance, et prévoyez des boîtes en plus. L'avion est en général possible quand la maladie est stable. Pour la conduite, demandez l'avis de votre cardiologue, surtout si vous portez un défibrillateur.

Vie intime

Elle reste possible quand la maladie est stable. Certains médicaments jouent sur le désir ou l'érection. Parlez-en, des solutions existent. Ne prenez jamais de médicament contre les troubles de l'érection sans avis médical si vous avez un spray de trinitrine.

Le moral

La peur et la tristesse sont fréquentes. La dépression touche une part importante des patients. Elle se soigne. Parlez-en à votre médecin, comme d'un symptôme à part entière.

Les démarches

L'insuffisance cardiaque grave fait partie des affections de longue durée (ALD n° 5). Les soins liés à la maladie sont alors pris en charge à 100 %, sur la base du tarif de la Sécurité sociale. Votre médecin traitant fait la demande.

Que se passe-t-il 5 ans, 10 ans, 20 ans après le diagnostic ?

En bref : chaque parcours est différent. L'âge et la qualité du suivi pèsent plus que la date du diagnostic. Les médicaments recommandés depuis 2021 changent l'horizon de nombreux patients.

Les médecins parlent de trajectoire. Certaines personnes restent stables pendant des années. D'autres alternent périodes calmes et poussées. Voici ce que l'on observe le plus souvent.

5 ans après

Le traitement est en place, aux bonnes doses. Vous connaissez vos signes d'alerte et vous vous pesez sans y penser. Vous avez souvent fait une réadaptation. La fraction d'éjection a parfois remonté. Si le cœur reste faible, c'est la période où l'on discute d'un défibrillateur ou d'une resynchronisation.

10 ans après

Le cœur vieillit avec vous. Les reins sont surveillés de près, car le cœur et les reins s'influencent l'un l'autre (voir notre fiche protéinurie). D'autres maladies s'ajoutent parfois, comme un diabète ou de l'arthrose. Le nombre de médicaments augmente. Faites relire votre ordonnance chaque année par votre médecin ou votre pharmacien.

20 ans après

Les données à 20 ans sont rares. Elles concernent surtout des personnes diagnostiquées jeunes, ou dont la cause a été traitée, par exemple une valve réparée. Si la maladie s'aggrave malgré tout, il reste des solutions comme la pompe cardiaque implantée ou la greffe. Les soins palliatifs ne veulent pas dire la fin des traitements. Ils soulagent l'essoufflement et l'angoisse, à domicile ou à l'hôpital.

Quelle est l'espérance de vie avec une insuffisance cardiaque ?

En bref : elle dépend surtout de l'âge et du traitement. Les moyennes publiées portent sur des patients âgés, souvent soignés avant les médicaments récents. Seul votre cardiologue peut parler de votre cas.

C'est la question que beaucoup n'osent pas poser. Voici les chiffres, avec ce qu'ils veulent dire.

Patients en vie après le diagnosticÀ 5 ansÀ 10 ans
Tous âges confondus45,5 %24,5 %
Diagnostiqués entre 45 et 54 ans78,5 %64,7 %
Diagnostiqués entre 85 et 94 ans22,3 %4,4 %

Étude britannique sur des patients diagnostiqués entre 2000 et 2017 (Taylor et coll., BMJ 2019). Ces patients n'avaient pas encore accès aux gliflozines ni, pour la plupart, au sacubitril-valsartan.

L'espérance de vie avec une insuffisance cardiaque dépend surtout de l'âge au diagnostic. Dans une grande étude anglaise, 78,5 % des patients diagnostiqués entre 45 et 54 ans étaient en vie 5 ans plus tard, et 64,7 % à 10 ans. Un traitement complet, la réadaptation et la surveillance du poids améliorent ces chiffres.

En France, les patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque ont en moyenne 83 ans chez les femmes et 78 ans chez les hommes (Santé publique France, 2022). L'année qui suit une hospitalisation est la plus fragile : 34 % de ces patients étaient décédés à un an. C'est pour cela que la sortie de l'hôpital est encadrée : rendez-vous rapides, infirmier à domicile, pesée chaque matin, ateliers d'éducation thérapeutique.

Ce qui allonge la vie
  • les quatre médicaments de base, aux doses visées par le cardiologue
  • la réadaptation cardiaque, puis l'activité physique chaque jour
  • un défibrillateur, quand il est indiqué
  • l'arrêt du tabac
  • la pesée quotidienne et l'appel précoce au soignant
  • les vaccins contre la grippe et le pneumocoque

Quel est le rôle des aidants dans l'insuffisance cardiaque ?

En bref : le proche aidant repère souvent les signes avant le patient. Il peut aider sans tout porter seul. Des droits existent pour souffler.

Vous vivez avec une personne qui a une insuffisance cardiaque, ou vous l'aidez souvent. Votre regard compte. Vous voyez le souffle court dans l'escalier ou les chaussures qui serrent.

Ce que vous pouvez faire

Laissez au patient les décisions qui le concernent. Ne changez jamais un traitement à sa place.

Prendre soin de vous

Un aidant épuisé ne peut plus aider. Le congé de proche aidant dure 3 mois, renouvelable, dans la limite d'un an sur toute la carrière, sauf accord plus favorable dans l'entreprise. Il peut être indemnisé par l'allocation journalière du proche aidant (AJPA) : 66,64 € par jour en octobre 2026, dans la limite de 66 jours par personne aidée (service-public.gouv.fr).

Pour souffler, renseignez-vous sur l'accueil de jour et les plateformes de répit près de chez vous. Les associations de patients cardiaques accueillent aussi les proches. Si vous sentez que vous craquez, lisez notre fiche burn-out et parlez-en à votre médecin.

Comment expliquer l'insuffisance cardiaque à un enfant ?

En bref : un enfant comprend plus qu'on ne le croit. Des mots simples et vrais le rassurent plus que le silence. Donnez-lui un petit rôle s'il en a envie.

Un enfant sent quand quelque chose ne va pas. S'il ne sait rien, il imagine souvent pire. Voici des phrases que vous pouvez reprendre.

Des mots pour lui dire
  • « Le cœur de papi est une pompe un peu fatiguée. Les médicaments l'aident à bien travailler. »
  • « Ça ne s'attrape pas. Tu ne peux pas l'avoir en lui faisant un câlin. »
  • « Ce n'est la faute de personne. Ni la sienne, ni la tienne. »
  • « Il se fatigue plus vite. Alors on jouera à des jeux calmes, ou on marchera doucement. »

Selon l'âge

Avant 6 ans, une image suffit : la pompe fatiguée. Entre 6 et 12 ans, expliquez l'eau qui gonfle les jambes et la balance du matin. Les adolescents veulent souvent en savoir plus : vous pouvez leur montrer cette fiche. Prévenez l'enfant avant une hospitalisation, et dites-lui quand il pourra rendre visite.

Un petit rôle l'aide à se sentir utile : rappeler la pesée, choisir une recette sans sel, marcher ensemble après le repas.

Et quand c'est l'enfant qui est malade ?

L'insuffisance cardiaque existe aussi chez l'enfant, mais elle est rare. Elle vient le plus souvent d'une malformation du cœur présente à la naissance, ou d'une maladie du muscle cardiaque. Elle est suivie dans un service de cardiologie pédiatrique. Pour un exemple de malformation, lisez notre fiche communication interauriculaire.

Quiz à imprimer : connaissez-vous bien l'insuffisance cardiaque ?

Quiz : connaissez-vous bien l'insuffisance cardiaque ?

Cochez « vrai » ou « faux ». Les réponses sont en bas. Ce quiz sert aussi en atelier d'éducation thérapeutique.

  1. L'insuffisance cardiaque veut dire que le cœur va bientôt s'arrêter.
    VraiFaux
  2. Une prise de poids de plus de 2 kg en 3 jours doit faire appeler le médecin.
    VraiFaux
  3. Il suffit de se peser une fois par semaine.
    VraiFaux
  4. Les comprimés effervescents peuvent contenir beaucoup de sel.
    VraiFaux
  5. Quand je me sens mieux, je peux arrêter mes médicaments.
    VraiFaux
  6. L'ibuprofène peut aggraver une insuffisance cardiaque.
    VraiFaux
  7. Avec une insuffisance cardiaque, il faut éviter tout effort physique.
    VraiFaux
  8. Le vaccin contre la grippe est conseillé.
    VraiFaux
  9. Je suis essoufflé au repos et je ne peux plus m'allonger : j'appelle le 15.
    VraiFaux
  10. Il faut toujours boire le moins possible.
    VraiFaux
Voir les réponses
  1. Faux. Le cœur pompe moins bien, mais il ne s'arrête pas. La maladie se soigne.
  2. Vrai. C'est souvent de l'eau qui s'accumule. Appelez le jour même.
  3. Faux. La pesée se fait chaque matin, dans les mêmes conditions.
  4. Vrai. Demandez une autre forme au pharmacien.
  5. Faux. Aller mieux veut dire que le traitement marche. Ne l'arrêtez jamais seul.
  6. Vrai. Les anti-inflammatoires retiennent l'eau et fatiguent les reins.
  7. Faux. L'activité physique adaptée est recommandée. Commencez par la réadaptation.
  8. Vrai. Une grippe peut déclencher une poussée. Le vaccin protège.
  9. Vrai. C'est un signe d'urgence.
  10. Faux. En général, on boit selon sa soif, sauf consigne de votre médecin.

Quiz MediScribe, mediscribe.fr. Ce document ne remplace pas l'avis de votre médecin.

Quelles sont les questions les plus fréquentes ?

L'insuffisance cardiaque se guérit-elle ?

En général, elle ne se guérit pas : c'est une maladie chronique. Elle se soigne bien. Quand la cause est traitée (valve réparée, rythme corrigé), le cœur peut récupérer en partie. Le traitement reste nécessaire, même quand on va mieux.

Combien de kilos de prise de poids doivent alerter ?

Plus de 2 kg en 3 jours. Cette prise de poids rapide vient de l'eau retenue dans le corps. Appelez votre médecin ou votre infirmier le jour même. Si vous êtes essoufflé au repos ou ne pouvez plus rester allongé, appelez le 15.

Combien de sel par jour avec une insuffisance cardiaque ?

Moins de 5 g de sel par jour, selon le consensus 2024 de la Heart Failure Association de l'ESC. Le sel caché est dans le pain, le fromage, la charcuterie, les plats préparés et les comprimés effervescents. Un régime totalement sans sel n'est en général pas demandé.

Combien d'eau boire avec une insuffisance cardiaque ?

En général, buvez selon votre soif, soit environ 1,5 à 2,5 litres par jour. Votre médecin peut fixer une limite pendant une poussée ou si le sodium est bas dans le sang. Suivez alors sa consigne.

Quelle différence entre insuffisance cardiaque et infarctus ?

L'infarctus est un accident brutal : une artère du cœur se bouche et une partie du muscle meurt. L'insuffisance cardiaque est une maladie durable : le cœur pompe moins bien. Un infarctus peut provoquer une insuffisance cardiaque, mais elle a aussi d'autres causes, comme l'hypertension ou une valve malade.

Peut-on faire du sport avec une insuffisance cardiaque ?

Oui, quand la maladie est stable. L'activité physique est recommandée par l'ESC. La réadaptation cardiaque est le meilleur point de départ. Ensuite, la marche chaque jour est idéale. Vous devez pouvoir parler en marchant. Arrêtez en cas de douleur ou de malaise.

Quelle est l'espérance de vie avec une insuffisance cardiaque ?

Elle dépend surtout de l'âge et du traitement. Dans une grande étude anglaise (BMJ 2019), 45,5 % des patients étaient en vie 5 ans après le diagnostic, tous âges confondus, mais 78,5 % chez ceux diagnostiqués entre 45 et 54 ans. Les médicaments recommandés depuis 2021 et la réadaptation améliorent ces chiffres. Seul votre cardiologue peut parler de votre cas.

Quelles fiches lire ensuite ?

Cette fiche est produite par MediScribe d'après les recommandations de la HAS et de la Société européenne de cardiologie. Établissements et équipes ETP : nous produisons des fiches sur mesure pour vos patients.

Demander ce type de contenu

Sur quelles sources s'appuie cette fiche ?

  1. Haute Autorité de Santé. Guide du parcours de soins : insuffisance cardiaque. Juin 2014, mis à jour en 2019.
  2. Haute Autorité de Santé. Éducation thérapeutique du patient (ETP).
  3. Haute Autorité de Santé. Télésurveillance de l'insuffisance cardiaque chronique, avis du 21 mars 2023.
  4. McDonagh TA et coll. 2021 ESC Guidelines for the diagnosis and treatment of acute and chronic heart failure. Eur Heart J 2021;42:3599-3726. doi:10.1093/eurheartj/ehab368.
  5. McDonagh TA et coll. 2023 Focused Update of the 2021 ESC Guidelines for heart failure. Eur Heart J 2023. doi:10.1093/eurheartj/ehad195.
  6. Mullens W et coll. Dietary sodium and fluid intake in heart failure. Clinical consensus statement of the Heart Failure Association of the ESC. Eur J Heart Fail 2024. doi:10.1002/ejhf.3244.
  7. Heart Failure Matters (Heart Failure Association, ESC). Signaux d'alerte : prise de poids rapide.
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