Rédigé par Florent Durand, MediScribe · Recommandations HAS et ESC 2023 · Publié le 19 août 2026 · Mis à jour le 2 octobre 2026
Si vous avez un spray de Trinitrine : une bouffée sous la langue en restant assis. Si la douleur persiste au bout de 5 minutes : le 15, tout de suite. Ne prenez jamais le volant vous-même.
Sources : has-sante.fr · ESC, syndromes coronariens aigus 2023
Fiches à télécharger et à imprimer
Fiche alimentation après infarctus Carnet de suivi mensuel (tension, pouls, poids)Schéma illustratif. Un sus-décalage du segment ST à l'ECG est le signe électrique d'un infarctus en cours.
L'infarctus du myocarde survient quand une artère coronaire, qui nourrit le muscle cardiaque, se bouche brutalement. Dans 90 % des cas, c'est un caillot qui se forme sur une plaque d'athérosclérose (dépôt de graisses sur la paroi de l'artère) qui se fissure. Le muscle privé d'oxygène commence à souffrir en quelques minutes, puis à se nécroser. Chaque minute compte : c'est pourquoi la rapidité du traitement est déterminante pour la surface de muscle sauvegardée.
En 2014, plus de 60 000 personnes ont été hospitalisées pour un infarctus du myocarde en France, et plus de 110 000 pour un syndrome coronarien aigu. Chez les femmes de 45 à 65 ans, le taux d'hospitalisation a augmenté de 20 % entre 2008 et 2014 (Santé publique France, 2019).
C'est l'intervention que vous avez probablement eue. Un cathéter très fin est introduit par l'artère radiale (poignet) ou fémorale (aine). Il remonte jusqu'à l'artère coronaire bouchée, désobstrue le caillot, puis dilate l'artère avec un petit ballonnet. Un stent (petit ressort métallique) est posé pour maintenir l'artère ouverte. L'opération dure généralement de 30 minutes à 1 heure. Vous êtes conscient sous sédation légère. C'est cette intervention qui a limité les dégâts sur votre cœur.
Dans certains cas (plusieurs artères atteintes, anatomie coronaire complexe), les chirurgiens préfèrent un pontage : on dérive le flux sanguin en greffant une veine ou une artère provenant d'une autre partie de votre corps pour court-circuiter l'artère bouchée. Le principe de suivi après infarctus est identique, que vous ayez eu une angioplastie ou un pontage.
L'image classique de l'homme qui s'effondre en serrant sa poitrine est réelle, mais incomplète. Environ 25 % des infarctus, notamment chez les femmes et les personnes diabétiques, se manifestent de façon atypique ou silencieuse.
| Présentation classique | Présentation atypique |
|---|---|
| Douleur ou serrement intense au centre de la poitrine, durant plus de 20 minutes | Douleur épigastrique ("mal au ventre") avec nausées, mimant une crise de foie |
| Irradiation vers le bras gauche, la mâchoire, le cou ou le dos | Essoufflement brutal sans douleur thoracique |
| Sueurs froides, pâleur, malaise | Fatigue intense inexpliquée, surtout chez la femme |
| Sensation de mort imminente, angoisse | Palpitations, vertiges, syncope |
Chez la femme, les douleurs thoraciques typiques sont moins fréquentes. L'essoufflement, la fatigue inhabituelle et les nausées sont souvent au premier plan. Chez les personnes diabétiques, la neuropathie autonome peut abolir la douleur : un infarctus peut être quasi indolore. Si un symptôme inhabituel dure plus de quelques minutes : le 15, sans attendre.
Après un infarctus, votre traitement repose sur quatre familles de médicaments et sur votre hygiène de vie, résumées en France par l'aide-mémoire B.A.S.I.C. Ces traitements suivent les recommandations de l'ESC (2023). Chacun joue un rôle précis et complémentaire. Arrêter l'un d'eux seul, même si vous vous sentez bien, peut être dangereux.
Ralentissent le rythme cardiaque et réduisent la charge de travail du cœur. Protègent contre les troubles du rythme et l'insuffisance cardiaque post-IDM. Exemples : métoprolol, bisoprolol, carvédilol. Ils sont surtout utiles si votre cœur pompe moins bien après l'infarctus (fraction d'éjection de 40 % ou moins). Si votre cœur pompe normalement, l'étude REDUCE-AMI (2024) n'a pas montré de bénéfice à long terme : votre cardiologue décide de les garder ou non. Ne les arrêtez jamais seul.
Aspirine + ticagrelor ou prasugrel. Empêchent les plaquettes de former un nouveau caillot sur le stent. La double antiagrégation dure en général 12 mois. Votre cardiologue peut la raccourcir si vous risquez de saigner, ou la prolonger. L'arrêter seul expose à un risque de thrombose du stent.
Objectif LDL inférieur à 0,55 g/L. Stabilisent les plaques d'athérosclérose et réduisent l'inflammation vasculaire. Exemples : rosuvastatine 40 mg, atorvastatine 80 mg. Les douleurs musculaires sont possibles : signalez-les sans arrêter le médicament de vous-même.
Protègent la paroi cardiaque, limitent le remodelage (dilatation) du cœur après la nécrose. Réduisent la pression artérielle. Exemples : ramipril, périndopril, valsartan. La toux persistante sous IEC est gênante mais pas dangereuse. Parlez-en à votre cardiologue plutôt que d'arrêter.
Arrêt du tabac, alimentation adaptée, activité physique régulière, contrôle de la tension (objectif moins de 130/80 mmHg) et du diabète. Cette lettre regroupe les changements de mode de vie qui renforcent l'effet des quatre autres. Le vaccin contre la grippe, chaque année, est aussi recommandé (ESC 2023).
Si votre cardiologue vous l'a prescrit :
La Trinitrine n'est pas indiquée pour tous les patients post-IDM. Votre cardiologue décide si elle est utile dans votre cas.
La réadaptation cardiaque (ou réhabilitation cardiovasculaire) est recommandée par la HAS et l'ESC après un infarctus. Elle n'est pas réservée aux cas sévères. Dans les études, elle réduit d'environ 28 % le risque de nouvel infarctus et de 42 % les hospitalisations pendant la première année (synthèse Cochrane, 2021).
| Ce que propose la réadaptation | Pourquoi c'est utile pour vous |
|---|---|
| Reprise progressive de l'effort, encadrée par un kinésithérapeute | Renforcez votre cœur sans risque, avec un monitoring en temps réel |
| Consultation avec un diététicien | Adapter l'alimentation sans régime inutile |
| Soutien psychologique | L'anxiété post-IDM est normale et traitable |
| Éducation thérapeutique en groupe | Comprendre sa maladie réduit la non-observance |
| Aide au sevrage tabagique | Le contexte médical aide à arrêter le tabac |
La réadaptation peut se faire en hospitalisation (centre spécialisé) ou en ambulatoire (centre près de chez vous). Demandez à votre cardiologue de vous orienter avant votre sortie ou lors du premier suivi.
| Phase | Ce qui se passe | Ce qu'on surveille |
|---|---|---|
| J1 à J3 : soins intensifs cardiologiques | Surveillance du rythme cardiaque, stabilisation hémodynamique, début du traitement B.A.S.I.C. | ECG en continu, troponine, échocardiographie initiale |
| J4 à J10 : sortie progressive | Évaluation de la fonction cardiaque (fraction d'éjection), éducation thérapeutique, organisation du suivi | Échocardiographie, bilan sanguin, prescription réadaptation |
| 1 à 6 semaines : cicatrisation | Le myocarde cicatrise. Fatigue normale. Reprise progressive des activités. | Consultation cardio à J30, ECG, bilan lipidique |
| 3 à 6 mois : réadaptation | Programme de réadaptation. Reprise du travail discutée selon le métier. | Test d'effort (épreuve d'effort), échocardiographie de contrôle |
| Annuel : suivi au long cours | Contrôle du traitement, des facteurs de risque, adaptation des doses | ECG, bilan sanguin (LDL, glycémie, INR si besoin), pression artérielle |
Votre cardiologue a probablement mentionné ce chiffre. La fraction d'éjection mesure le pourcentage de sang que le cœur éjecte à chaque battement. Normale : entre 55 et 70 %. Après un infarctus, elle peut être abaissée. Une FE entre 40 et 50 % ("légèrement réduite") est compatible avec une vie quasi normale avec le bon traitement. Une FE inférieure à 40 % ("réduite") justifie un suivi et un traitement plus intensif.
Il n'y a pas de régime cardiaque. Il y a des ajustements, certains importants, d'autres moins, que vous pouvez faire progressivement. Aucun aliment n'est interdit. Aucun geste alimentaire ne se substitue au traitement médicamenteux.
| Privilégier | Réduire (pas supprimer) | Éviter vraiment |
|---|---|---|
| Poissons gras (sardine, maquereau, saumon), 2 fois par semaine | Charcuteries | Graisses trans industrielles (margarines dures, fritures industrielles) |
| Huile d'olive extra vierge en assaisonnement | Fromages gras (sans les supprimer) | Tabac : aucune dose n'est sûre après un IDM |
| Fruits et légumes frais ou surgelés (5 portions/jour) | Sel (objectif inférieur à 5 g/jour) | Boissons sucrées en quantité |
| Féculents complets (riz complet, pain complet, légumineuses) | Produits ultra-transformés | Alcool fort en quantité (un verre de vin/jour reste discutable) |
| Noix, amandes, noisettes (une poignée par jour) | Sucres rapides en quantité | Réglisse si vous prenez de la cortisone ou certains diurétiques |
Le poids : chaque kilo perdu quand vous êtes en surpoids peut aider à améliorer les chiffres de tension et de cholestérol. Mais les régimes drastiques après un infarctus sont contre-productifs. Une alimentation satisfaisante et durable vaut mieux qu'un régime frustrant abandonné après trois semaines.
L'ESC recommande 150 à 300 minutes d'activité modérée par semaine pour tous les patients après un IDM, à condition d'avoir eu le feu vert de votre cardiologue. C'est une recommandation de classe I, la plus forte.
Les activités sexuelles peuvent reprendre après accord de votre cardiologue, généralement après la réadaptation bien engagée. N'hésitez pas à en parler : la question est légitime et votre équipe soignante y est habituée.
En France, la réglementation interdit de conduire tant que des symptômes persistent, et pendant au moins 4 semaines après un infarctus qui a touché le muscle cardiaque (arrêté du 28 mars 2022, mémento de la Sécurité routière). Si vous êtes chauffeur professionnel, la durée peut être plus longue et nécessite un avis médical spécifique. Informez-vous auprès de votre cardiologue avant de reprendre le volant.
Elle se discute avec votre cardiologue, en tenant compte du type de poste (travail de bureau versus travail physique intense), de la surface de l'infarctus et de votre fraction d'éjection. En moyenne : 4 à 8 semaines pour un travail sédentaire, jusqu'à plusieurs mois pour un travail physiquement exigeant. Une visite de pré-reprise avec la médecine du travail est souvent utile.
Un vol court-courrier est généralement possible 2 à 3 semaines après l'IDM si votre situation est stable. Pour les vols long-courriers ou les destinations en altitude, l'avis de votre cardiologue est indispensable. Souscrivez une assurance voyage qui couvre les pathologies cardiovasculaires. Vérifiez les exclusions de garantie.
Environ 1 patient sur 5 fait une vraie dépression après un infarctus, et près d'1 sur 3 a des symptômes dépressifs (synthèse d'études, J Gen Intern Med 2006). Cette réaction après un événement traumatisant est fréquente et bien connue. Elle ne dit rien de votre force de caractère. La dépression non traitée est un facteur de mauvais pronostic cardiovasculaire. Si vous vous sentez triste, anxieux, que vous n'avez plus d'envie ou que vous dormez mal : parlez-en à votre médecin. Il existe des traitements efficaces et compatibles avec votre traitement cardiaque.
Oui, la vie sexuelle reprend. L'effort physique correspondant à la sexualité équivaut à monter deux étages d'escaliers au rythme normal. Pour la grande majorité des patients, cela est possible quelques semaines après l'IDM, après accord de votre cardiologue. Les inhibiteurs de PDE5 (Viagra, Cialis) sont contre-indiqués avec la Trinitrine. Parlez-en absolument avant de les prendre.
La consommation modérée (un verre par jour maximum) est discutée dans la littérature. Ce qui est certain : la consommation excessive de plus de deux verres par jour augmente le risque cardiovasculaire. Après un IDM, la prudence est de mise. Votre cardiologue est le mieux placé pour vous conseiller selon votre situation.
| Échéance | Qui voir | Examens |
|---|---|---|
| À la sortie de l'hôpital | Votre médecin traitant sous 48h | Vérifier la compréhension du traitement, les prescriptions |
| J30 | Cardiologue | ECG, échographie, bilan sanguin (LDL, glycémie, NFS), pression artérielle |
| M3 | Cardiologue | Évaluation du traitement, épreuve d'effort si réadaptation terminée |
| M6 | Cardiologue + médecin traitant | Échocardiographie de contrôle (fraction d'éjection), bilan lipidique |
| Annuel | Cardiologue | ECG, échocardiographie, bilan sanguin complet, ajustement du traitement |
Ne prenez jamais le volant vous-même. Ne demandez pas à un proche de vous conduire. Appelez le 15 : une équipe du SAMU peut commencer le traitement immédiatement, dans la rue si nécessaire.
Cochez « vrai » ou « faux ». Les réponses sont en bas. Ce quiz sert aussi en atelier d'éducation thérapeutique.
Quiz MediScribe, mediscribe.fr. Ce document ne remplace pas l'avis de votre médecin.
Vais-je refaire un infarctus ?
Le risque existe. Il est de l'ordre de 5 à 10 % à 5 ans selon les études. Mais il est fortement réduit par le traitement B.A.S.I.C., l'arrêt du tabac, la réadaptation et le contrôle des facteurs de risque. Chaque geste de prévention compte. Ce n'est pas une fatalité.
Combien de temps dois-je prendre la double antiagrégation ?
En général 12 mois après un infarctus traité par stent. Votre cardiologue peut raccourcir cette durée si vous risquez de saigner, ou la prolonger si le risque de nouveau caillot est élevé. L'arrêter seul expose à une thrombose du stent, une complication grave.
Mes médicaments ont l'air nombreux et lourds. Est-ce normal ?
Oui, c'est habituel après un infarctus. Quatre familles de médicaments, c'est ce que les recommandations européennes et françaises préconisent. Les doses sont ajustées progressivement. Si vous trouvez la quantité difficile à gérer, parlez-en à votre médecin : des ajustements sont parfois possibles.
Puis-je me faire opérer d'autre chose maintenant que j'ai un stent ?
Oui, mais le chirurgien et l'anesthésiste doivent savoir que vous avez un stent coronaire et que vous prenez une double antiagrégation. Arrêter l'aspirine ou le ticagrelor avant une opération, c'est votre cardiologue qui le décide. Ne l'arrêtez jamais seul.
La statine : mes amis me disent que c'est dangereux. Dois-je en avoir peur ?
Les douleurs musculaires (myalgies) sont possibles chez environ 5 à 10 % des patients mais rarement sérieuses. La rhabdomyolyse (destruction musculaire grave) est exceptionnelle. Les bénéfices des statines après un infarctus, prouvés par des dizaines d'essais randomisés, dépassent largement les risques. Si vous avez des douleurs, signalez-les pour ajuster la molécule ou la dose. Ne les arrêtez pas seul.
J'ai peur depuis l'infarctus. Est-ce normal ?
Complètement normal. L'anxiété post-IDM touche la majorité des patients. Vous avez vécu un événement qui peut être vécu comme une menace de mort. Cette peur peut disparaître progressivement, ou persister sous forme d'anxiété chronique. Si elle interfère avec votre sommeil ou votre traitement, parlez-en à votre médecin. Un soutien psychologique, en particulier une thérapie cognitivo-comportementale, peut vous aider. Un traitement est possible si besoin.
Dois-je signaler mon infarctus à mon assureur ?
Oui, en principe. Un infarctus est une modification du risque qui doit être déclaré. Contactez votre assureur (assurance-vie, prévoyance) et vérifiez les clauses de votre contrat. Pour les nouvelles souscriptions, un questionnaire de santé sera nécessaire. Des contrats adaptés aux personnes après un infarctus existent.
Quand peut-on reprendre une activité physique après un infarctus ?
Progressivement. La marche lente est possible dès la première semaine s'il n'y a pas de contre-indication, puis la réadaptation encadrée commence vers le deuxième mois. À long terme, l'ESC recommande 150 à 300 minutes d'activité modérée par semaine.
Que faire si je ressens une nouvelle douleur dans la poitrine ?
Asseyez-vous immédiatement. Si vous avez un spray de Trinitrine, prenez une bouffée sous la langue. Si la douleur persiste au bout de 5 minutes, appelez le 15 immédiatement. Ne prenez jamais le volant.
Quand peut-on reprendre le travail après un infarctus ?
En moyenne 4 à 8 semaines pour un travail sédentaire, plusieurs mois pour un travail physiquement exigeant. La décision se prend avec le cardiologue, selon le poste et la sévérité de l'infarctus.
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