La dialyse : tout comprendre pour bien vivre avec votre traitement
Vous étiez très fatigué.e depuis quelques temps. Vous sentiez que vous n'étiez pas dans votre assiette et vos dernières analyses sanguines sont très mauvaises.
Vous sortez d'une consultation avec votre néphrologue et la confirmation est tombée. Il vient de vous proposer la dialyse. Si vous l'acceptez, cette nouvelle va changer votre vie et celle de vos proches. Sous le choc, vous n'avez pas pensé à poser toutes les questions que vous aviez en tête. Le médecin avait sans nul doute d'autres patients qui attendaient. Vous avez besoin d'y voir plus clair, et de comprendre ce qui vous arrive.
Ce guide répond à de très nombreuses interrogations, avec le plus de simplicité possible.
Votre néphrologue reste votre interlocuteur principal : lisez ce contenu pour arriver à vos premières séances de dialyse avec les bonnes questions.
Que trouver dans ce guide sur la dialyse ?
- Qu'est-ce que l'insuffisance rénale chronique ?
- Pourquoi la dialyse vous a-t-elle été proposée ?
- Pourquoi voyez-vous un néphrologue à chaque séance ?
- Quels examens sont faits pendant la dialyse ?
- Pourquoi la dialyse est-elle aussi fréquente ?
- Pourquoi la dialyse est-elle obligatoire ?
- Quels soignants vous suivent en dialyse ?
- Quels sont vos droits sociaux en dialyse ?
- Que peut-on manger quand on est dialysé ?
- Que boire et en quelle quantité en dialyse ?
- Quels médicaments prend-on en dialyse ?
- Comment accéder à une greffe de rein ?
- Peut-on partir en vacances quand on est dialysé ?
- Comment vivre la dialyse avec ses proches ?
- Quiz à imprimer
Qu'est-ce que l'insuffisance rénale chronique ?
Vos reins sont deux organes en forme de haricot, situés de part et d'autre de la colonne vertébrale. Leur rôle est essentiel : ils filtrent environ 180 litres de sang par jour, éliminent les déchets par les urines, régulent votre pression artérielle, votre taux de potassium (K+) et de sel, et produisent des hormones nécessaires à la fabrication des globules rouges.
L'insuffisance rénale chronique (IRC), c'est la perte progressive et irréversible de cette capacité de filtration. Elle ne se guérit pas, mais elle se gère. On la mesure grâce au débit de filtration glomérulaire (ou DFG), exprimé en pourcentage ou en ml/min/1,73m².
Vous êtes désormais au stade 5, dit insuffisance rénale chronique terminale (IRCT). Vos reins ne peuvent plus assurer seuls la filtration nécessaire à votre survie. C'est à ce stade que la dialyse ou la greffe rénale deviennent indispensables. Sans la dialyse, vous ne pourrez pas survivre plus de quelques jours. Votre néphrologue est conscient des contraintes de la dialyse : fatigue, crampes, essoufflement, hygiène de vie irréprochable, détresse psychologique fréquente.
Quelles sont les causes les plus fréquentes ?
Dans la grande majorité des cas, l'IRC terminale est causée par le diabète (néphropathie diabétique), l'hypertension artérielle (néphrosclérose), ou une maladie rénale héréditaire comme la polykystose. D'autres causes existent : glomérulonéphrites, maladies auto-immunes, obstructions chroniques des voies urinaires. Vous n'y êtes pour rien. Cette maladie évolue souvent sans bruit pendant des années.
Pourquoi la dialyse vous a-t-elle été proposée ?
La dialyse a été proposée parce que vos reins ne peuvent plus remplir leurs fonctions vitales de façon suffisante. Concrètement, cela signifie que sans traitement de suppléance, les déchets et toxines s'accumuleraient dans votre sang (on parle d'urémie), le potassium monterait à des niveaux dangereux pour le cœur, et l'excès d'eau provoquerait des œdèmes sévères et une détresse respiratoire. Dans votre cas, et sans dialyse, vous risquez de mourir en quelques jours.
Il existe deux types de traitement de suppléance rénale :
- La dialyse : hémodialyse (en centre ou à domicile) ou dialyse péritonéale. Elle remplace la fonction de filtration de vos reins, 3 fois par semaine ou quotidiennement. En 2025, environ 7 % des patients pouvaient bénéficier de dialyse à domicile, contre 78 % en centre (Source : Assemblée nationale, question du député M. Michel Lauzzana). Dans sa réponse du 17 mars 2026, le ministère de la Santé indique que la réforme du financement de la dialyse entrera en vigueur au 1er janvier 2027. Il prévoit aussi de revenir sur l'obligation de présence d'une tierce personne pour l'hémodialyse à domicile.
- La greffe rénale : elle reste le traitement de référence en termes de qualité de vie et d'espérance de vie, mais elle nécessite un donneur compatible et une liste d'attente.
La dialyse vous a été proposée parce que votre état clinique ne permettait pas d'attendre une greffe. Dans certains cas (certaines comorbidités, l'âge, l'état général), il existe une contre-indication temporaire ou permanente à la greffe. Votre néphrologue vous a expliqué les raisons spécifiques à votre situation. Si nécessaire, demandez-lui des précisions sur votre situation lors des consultations en dialyse.
De la même manière, la dialyse est un acte médical contraignant et fatigant pour de très nombreux patients. Vous allez être soumis à un rythme de vie particulier, où votre santé aura la place centrale.
Pourquoi voyez-vous un néphrologue à chaque séance ?
La présence ou la disponibilité d'un néphrologue à chaque séance est une exigence médicale et réglementaire. Voici pourquoi :
- Surveillance de l'efficacité de la dialyse : le néphrologue vérifie que votre traitement est suffisant grâce à des indicateurs biologiques spécifiques (la Kt/V, qui mesure la dose de dialyse reçue).
- Ajustement du traitement : selon votre poids en début et fin de séance, vos résultats biologiques, et votre état général, il adapte la durée, le débit et les paramètres de la dialyse.
- Surveillance cardiovasculaire : les patients en dialyse ont un risque cardiovasculaire élevé. La tension artérielle, le pouls et les signes d'insuffisance cardiaque sont surveillés en permanence.
- Prévention et gestion des complications : chutes de tension pendant la séance, crampes, infections de l'accès vasculaire, anémie sévère : le néphrologue intervient dès que nécessaire.
- Coordination de votre parcours : il suit votre dossier de greffe, prescrit vos médicaments, vous oriente vers les autres spécialistes.
Quels examens sont faits pendant la dialyse ?
À chaque séance
- Pesée avant et après la séance, pour calculer le volume d'eau à retirer (ultrafiltration).
- Tension artérielle : mesurée à l'arrivée et régulièrement pendant la séance.
- Température, fréquence cardiaque : pour détecter tout signe infectieux ou d'instabilité.
- Examen de l'accès vasculaire : fistule artérioveineuse ou cathéter, vérifiés à chaque branchement.
Tous les mois (bilan biologique mensuel)
- Urée et créatinine : marqueurs de l'accumulation des déchets azotés.
- Potassium (kaliémie) : un taux trop élevé est dangereux pour le cœur.
- Phosphore et calcium : déséquilibrés dans l'IRC, ils fragilisent les os et les vaisseaux.
- Bicarbonates : équilibre acido-basique du sang.
- Hémoglobine et ferritine : suivi de l'anémie, très fréquente en dialyse.
- Albumine : marqueur de votre état nutritionnel.
- Kt/V : indicateur de l'efficacité de votre dialyse.
Tous les 6 mois à 1 an
- Bilan cardio-vasculaire (ECG, échocardiographie si besoin)
- PTH (parathormone) : régulation du calcium et du phosphore
- Bilan osseux (densitométrie si indiquée par votre néphrologue)
- Sérologies virales (hépatite B, hépatite C, VIH) selon protocole du centre
Pourquoi la dialyse est-elle aussi fréquente ?
La dialyse en hémodialyse se fait 3 fois par semaine, environ 4 heures par séance. Ce rythme peut paraître contraignant. En réalité, il l'est. Néanmoins, il est médicalement indispensable. Voici pourquoi :
Vos reins, avant la maladie, filtraient votre sang 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Lorsque vous alliez uriner, vous évacuiez ces déchets. Désormais, vous n'urinez plus, ou très peu. En dialyse, on compense cette fonction continue par des séances répétées et suffisamment longues. Entre deux séances (48 à 72 heures), les déchets et le potassium s'accumulent. Plus l'intervalle est long, plus l'accumulation est importante et dangereuse.
- Après 48h sans dialyse : le taux de potassium monte, risque d'arythmie cardiaque.
- Après 72h sans dialyse (week-end long) : le taux de potassium est très haut et les déchets de votre sang risquent d'être dangereux pour votre santé.
- Réduction des séances : manquer une seule séance augmente significativement le risque d'hospitalisation et de complication cardiovasculaire.
Pourquoi la dialyse est-elle obligatoire ?
Sans dialyse, les déchets azotés s'accumulent dans votre sang : c'est ce qu'on appelle l'urémie. Vous n'urinez plus car l'urine n'est plus produite, les déchets restent dans votre système sanguin. À terme et sans traitement, cette intoxication est mortelle. La dialyse vous maintient en vie et préserve votre qualité de vie.
Ne pas venir à une séance, arriver en retard ou demander à être déconnecté trop tôt sont des situations qui ont des conséquences médicales réelles : œdème pulmonaire (eau dans les poumons), arrêt cardiaque hyperkaliémique (excès de potassium causant un arrêt cardiaque), encéphalopathie urémique (accumulation de déchets dans le cerveau). Ces complications peuvent être urgentes et engager le pronostic vital.
→ Lire notre guide complet sur l'observance thérapeutique dans les maladies chroniques
Quels soignants vous suivent en dialyse ?
L'équipe de votre centre de dialyse (à voir à chaque séance)
Les professionnels à voir régulièrement (hors centre)
Quels sont vos droits sociaux en dialyse ?
L'ALD 19 : prise en charge à 100 %
L'insuffisance rénale chronique terminale est reconnue en Affection de Longue Durée (ALD 19). Cela signifie que l'ensemble des soins en lien avec votre maladie rénale (dialyse, médicaments, consultations spécialisées, examens biologiques et d'imagerie, transport médicalisé) sont pris en charge à 100 % par l'Assurance Maladie, sans avance de frais dans la plupart des cas.
Le transport en ambulance ou VSL
Les transports pour vous rendre à vos séances de dialyse sont pris en charge à 100 % sur prescription médicale. Votre néphrologue ou votre médecin traitant prescrit ce transport (ambulance, VSL ou taxi conventionné). Signalez tout problème de transport à votre assistante sociale : des solutions existent.
La MDPH et la reconnaissance de handicap
La dialyse constitue un handicap reconnu. Vous pouvez déposer un dossier auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) de votre département pour bénéficier :
- De la Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) : pour le maintien dans l'emploi et des aménagements de poste.
- De l'Allocation Adulte Handicapé (AAH) ou de la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) si votre situation le justifie.
- D'une carte mobilité inclusion (CMI), notamment la mention "stationnement" si vous avez des difficultés à vous déplacer.
L'arrêt de travail et l'invalidité
Si vous étiez en activité professionnelle, la dialyse peut parfois justifier un arrêt de travail prolongé, puis une demande de pension d'invalidité auprès de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM). Votre assistante sociale peut vous accompagner dans ces démarches.
Le droit à l'oubli pour les assurances
Depuis la loi Lemoine (2022), les personnes atteintes d'une maladie chronique grave bénéficient de droits renforcés pour l'accès à l'assurance emprunteur. Renseignez-vous auprès de votre banque ou de votre assureur.
Que peut-on manger quand on est dialysé ?
En dialyse, l'alimentation n'est plus tout à fait libre. Vos reins ne pouvant plus éliminer certains éléments correctement entre deux séances, des ajustements sont nécessaires. Ces restrictions protègent votre cœur.
Le potassium (K+) : l'ennemi numéro un entre les séances
Le potassium est un minéral vital, mais en excès, il peut provoquer des troubles du rythme cardiaque graves, voire un arrêt cardiaque. Vos reins ne l'éliminent plus : la dialyse le fait, mais seulement pendant la séance. Entre deux séances, il monte.
- Pommes, poires, raisins blancs, ananas, clémentines
- Haricots verts, carottes, courgettes, concombre, poireaux
- Pâtes, riz blanc, pain blanc, semoule
- Viandes, poissons, œufs (sans excès de sel)
- Fromages à pâte cuite (comté, emmental) en petite quantité
- Bananes, kiwis, oranges, dattes, figues sèches, abricots
- Pommes de terre (sauf si dessalées, voir ci-dessous)
- Légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots secs)
- Fruits secs et oléagineux (noix, amandes, noisettes)
- Chocolat, cacao, café en excès
- Sel de régime ("sans sel") : il contient du chlorure de potassium !
Le phosphore : les os et les vaisseaux
Un taux de phosphore trop élevé (hyperphosphorémie) fragilise vos os, calcifie vos artères et aggrave les maladies cardiovasculaires. Le phosphore se trouve en grande quantité dans les produits laitiers, les abats, les poissons gras, les noix et les produits industriels contenant des additifs phosphatés (à base de "phosphate" dans la liste d'ingrédients).
- Produits laitiers en excès (fromages affinés, lait, yaourts : à limiter à 1-2 portions/jour)
- Abats (foie, rognons, cervelle)
- Sodas (notamment les colas) : riches en phosphore ajouté
- Plats industriels avec additifs phosphatés
- Champignons secs, germe de blé
Le sel : la tension et l'eau
Le sel retient l'eau dans le corps. En dialyse, une alimentation trop salée provoque une soif excessive, une rétention d'eau entre les séances et une surcharge qui fatigue votre cœur. L'objectif est de rester en dessous de 5g de sel par jour (soit environ 1 cuillère à café). C'est aussi le repère de la recommandation internationale KDIGO 2024 sur la maladie rénale chronique. Évitez les charcuteries, les plats en conserve, les chips et les fromages à pâte molle.
Que boire et en quelle quantité en dialyse ?
Pourquoi limiter les boissons ?
Vos reins ne produisent plus ou très peu d'urine : vous n'urinez plus, ou presque plus. L'eau que vous buvez ne peut donc plus être éliminée naturellement entre les séances : elle s'accumule dans votre corps. Cette accumulation provoque des œdèmes, une hypertension artérielle et, dans les cas graves, un œdème pulmonaire aigu : une urgence respiratoire pouvant être fatale.
Entre deux séances, la prise de poids maximale autorisée est généralement de 1 kg par jour, soit environ 2 kg entre deux séances courtes et 3 kg après le week-end. Au-delà, la dialyse doit retirer trop d'eau trop vite, ce qui provoque des chutes de tension douloureuses et des crampes pendant la séance.
Ce que vous pouvez boire
- Eau plate ou faiblement minéralisée (Volvic, Mont Roucous)
- Thé ou tisane léger (sans sucre, comptés dans la ration hydrique)
- Café en petite quantité (1 tasse par jour)
- Jus de fruits dilués (en tenant compte du potassium)
Ce que vous ne devez pas boire (ou très peu)
- Sodas et boissons sucrées : riches en phosphore (colas) et en sucre. À éviter totalement pour les colas.
- Jus de fruits concentrés : très riches en potassium (jus d'orange, de tomate, de pruneau).
- Boissons alcoolisées : elles interagissent avec certains médicaments, riches en eau et en calories vides. À consommer avec une extrême modération si votre néphrologue l'autorise.
- Eaux minérales riches en sodium (Vichy, Salvetat) : elles augmentent la rétention d'eau et la tension.
- Eaux riches en potassium (certaines eaux gazeuses) : vérifiez l'étiquette.
Quels médicaments prend-on en dialyse ?
En dialyse, vous avez généralement plusieurs médicaments à prendre chaque jour. Comprendre à quoi ils servent aide à les prendre avec régularité.
| Médicament | Pourquoi | Quand le prendre |
|---|---|---|
| Chélateurs du phosphore (Renagel, Renvela, carbonate de calcium…) |
Captent le phosphore des aliments dans l'intestin avant qu'il passe dans le sang. | Impérativement au moment des repas, jamais à jeun. |
| EPO : érythropoïétine (Aranesp, NeoRecormon, Mircera…) |
Stimule la production de globules rouges pour traiter l'anémie rénale. | Injections sous-cutanées 1 à 3 fois par semaine, souvent réalisées par l'équipe de dialyse. |
| Fer intraveineux | Complète le traitement de l'anémie. Le fer oral n'est pas suffisamment absorbé. | Administré pendant la séance de dialyse par l'équipe soignante. |
| Vitamine D activée (Rocaltrol, Zemplar…) |
Compense le déficit en vitamine D lié à l'IRC. Protège les os et régule la calcémie. | Selon prescription, souvent le soir ou à distance des repas. |
| Antihypertenseurs | Contrôlent la tension artérielle, très fréquemment élevée en dialyse. | Le matin. Attention : certains antihypertenseurs ne doivent pas être pris le jour d'une séance (risque de chute de tension). Demandez à votre néphrologue. |
| Bicarbonate de sodium | Corrige l'acidose métabolique (acidification du sang liée à l'IRC). | Selon prescription, souvent en comprimés effervescents. |
Ce que vous ne devez jamais prendre sans avis médical
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, diclofénac, kétoprofène) : néphrotoxiques même en présence de dialyse, et dangereux pour les reins résiduels.
- Suppléments de potassium ou de magnésium : vendus librement en pharmacie, mais pouvant provoquer une hyperkaliémie fatale.
- Produits de phytothérapie ou compléments alimentaires : à prendre uniquement avec l'accord de votre néphrologue. Certaines plantes sont hautement néphrotoxiques ou interagissent avec les traitements.
- Laxatifs à base de phosphate : ils contiennent du phosphore absorbable.
Comment accéder à une greffe de rein ?
La greffe est-elle possible pour moi ?
La greffe rénale est le traitement de référence de l'insuffisance rénale terminale. Elle offre une meilleure qualité de vie, une meilleure espérance de vie et libère du rythme de la dialyse. Elle n'est cependant pas accessible à tous : certaines contre-indications médicales (cancers évolutifs, maladies cardiovasculaires sévères, infections actives, âge) peuvent la rendre impossible temporairement ou définitivement.
Si vous êtes éligible, votre néphrologue vous a orienté (ou va vous orienter) vers une consultation de pré-greffe dans un centre transplanteur.
L'inscription sur la liste nationale Cristal
En France, l'attribution des greffons rénaux est gérée par l'Agence de la Biomédecine via le registre national Cristal. Une fois validé par l'équipe de transplantation, votre dossier est inscrit sur cette liste nationale. Vous recevez alors une carte de patient en attente de greffe et un numéro d'inscription.
Combien de temps faut-il attendre ?
Selon le registre REIN (rapport annuel 2023 de l'Agence de la biomédecine), chez les patients de moins de 60 ans qui ont commencé leur traitement entre 2018 et 2023, la moitié a reçu une greffe dans les 55 mois après le début du traitement, soit environ 4 ans et demi. Ce délai varie fortement selon :
- Votre groupe sanguin (O attend plus longtemps que AB)
- Votre profil immunologique (présence d'anticorps anti-HLA)
- Votre région d'inscription
- La possibilité d'une greffe à partir d'un donneur vivant (conjoint, parent, enfant, ami, ce qui réduit considérablement le délai d'attente)
Comment se déroule l'appel à la greffe ?
- Un organe compatible est disponible chez un donneur décédé en état de mort encéphalique.
- L'Agence de la biomédecine en est alertée, cherche un receveur et contacte votre centre transplanteur, qui vérifie la compatibilité avec votre profil.
- L'équipe de transplantation vous contacte par téléphone, à n'importe quelle heure, de jour comme de nuit. Votre téléphone doit toujours être allumé et joignable.
- Vous devez être à jeun depuis au moins 6 heures si possible. Si vous venez de manger, signalez-le : l'opération peut être repoussée de quelques heures.
- Vous vous rendez au centre transplanteur dans les délais indiqués. Ne prenez pas de médicaments supplémentaires sans instruction de l'équipe.
- Des examens complémentaires vérifient la compatibilité finale avant l'intervention.
- La transplantation a lieu (durée opératoire : environ 3 à 4 heures).
Peut-on partir en vacances quand on est dialysé ?
Vous pouvez partir en vacances sous dialyse, en vous organisant autrement. Des milliers de patients dialysés voyagent chaque année en France et à l'étranger. La règle d'or : anticiper, toujours.
En France
L'Association pour l'Utilisation du Rein Artificiel (AURA) et plusieurs organismes proposent des répertoires de centres de dialyse sur tout le territoire. Le registre REIN et le site de la Société Francophone de Néphrologie (SFNDT) permettent de trouver un centre à proximité de votre lieu de vacances.
- Prévenez votre centre de dialyse habituel au minimum 4 à 6 semaines à l'avance.
- Demandez une lettre de liaison médicale (résumé de votre dossier, paramètres de dialyse, traitements).
- Contactez directement le centre d'accueil pour réserver vos séances : les centres sont souvent complets en été.
- Prévoyez une ordonnance pour vos médicaments habituels en quantité suffisante.
À l'étranger
Voyager hors de France est possible, mais nécessite une organisation plus poussée :
- Utilisez le registre Dialysis Finder ou Global Dialysis (globaldialysis.com) pour trouver des centres à l'étranger.
- Obtenez une carte européenne d'assurance maladie pour les voyages dans l'UE (gratuite, demande à faire à la CPAM).
- Pour les pays hors UE, une assurance voyage couvrant la dialyse est indispensable : vérifiez que la dialyse est bien incluse dans les garanties.
- Emportez votre dossier médical complet en anglais (la SFNDT propose des modèles de lettres de liaison multilingues).
- Évitez les pays où l'accès à la dialyse est incertain (certains pays en développement). Votre néphrologue peut vous conseiller.
Comment vivre la dialyse avec ses proches ?
La dialyse transforme profondément la vie de ceux qui y sont soumis. Trois séances par semaine, quatre heures chacune : le rythme est contraignant, souvent épuisant, et laisse peu de place à la spontanéité.
Pour le patient, les effets physiques sont réels :
- fatigue chronique après les séances
- crampes
- hypotension
- troubles du sommeil
Le corps s'adapte, mais difficilement. L'alimentation restreinte, la soif permanente, la dépendance à une machine pour survivre : tout cela pèse.
L'impact psychologique est tout aussi lourd.
L'annonce de la dialyse provoque souvent un choc, suivi d'une phase de deuil : deuil d'une vie sans contrainte, deuil de certains projets, parfois deuil d'une image de soi intacte. Selon une méta-analyse publiée en 2013 dans la revue Kidney International, environ 1 patient dialysé sur 4 souffre de dépression (22,8 % lors d'un entretien avec un médecin). L'anxiété est elle aussi fréquente. Parlez-en à votre équipe : ces troubles se soignent. La peur de l'avenir, l'incertitude sur la greffe, le sentiment de dépendance s'installent progressivement.
Les proches et aidants ne sont pas épargnés. Ils réorganisent leur emploi du temps autour des séances, assurent les transports, adaptent les repas, absorbent l'irritabilité et la fatigue de la personne dialysée. L'épuisement de l'aidant est fréquent et rarement pris en charge. Le couple, la vie sociale, la vie professionnelle en portent souvent les traces.
Quiz à imprimer : connaissez-vous bien la dialyse ?
Quiz : connaissez-vous bien la dialyse ?
Cochez « vrai » ou « faux ». Les réponses sont en bas. Ce quiz sert aussi en atelier d'éducation thérapeutique.
- Grâce à la dialyse, mes reins vont guérir.VraiFaux
- Si je me sens bien, je peux sauter une séance.VraiFaux
- Entre deux séances, je ne dois pas prendre plus de 1 kg par jour environ.VraiFaux
- Le sel de régime « sans sel » est sans danger pour moi.VraiFaux
- Les bananes et les fruits secs contiennent beaucoup de potassium.VraiFaux
- Les chélateurs du phosphore se prennent au moment des repas.VraiFaux
- Je peux prendre de l'ibuprofène sans demander l'avis de mon néphrologue.VraiFaux
- Quand on est dialysé, on ne peut plus partir en vacances.VraiFaux
- Manger moins salé aide à avoir moins soif.VraiFaux
- Quand elle est possible, la greffe de rein est le traitement de référence.VraiFaux
Voir les réponses
- Faux. L'insuffisance rénale chronique ne guérit pas. La dialyse fait le travail des reins, mais elle ne les répare pas.
- Faux. Le potassium et l'eau montent même quand on se sent bien. Si vous ne pouvez pas venir, appelez votre centre : une séance de rattrapage est souvent possible.
- Vrai. C'est la règle habituelle, soit environ 2 kg entre deux séances et 3 kg après le week-end. Au-delà, la dialyse doit retirer trop d'eau d'un coup.
- Faux. Il contient du chlorure de potassium. Trop de potassium est dangereux pour le cœur.
- Vrai. Ces aliments sont à limiter. Le potassium monte dans le sang entre deux séances.
- Vrai. Ils captent le phosphore des aliments dans l'intestin. Ne les prenez jamais à jeun.
- Faux. Les anti-inflammatoires abîment les reins qui fonctionnent encore. Demandez toujours avant de prendre un nouveau médicament.
- Faux. C'est possible en France et à l'étranger. Prévenez votre centre 4 à 6 semaines avant le départ.
- Vrai. Le sel donne soif. Moins de sel, c'est moins de soif et moins d'eau à retirer pendant la séance.
- Vrai. Elle donne une meilleure qualité de vie et une meilleure espérance de vie. Votre néphrologue vous dit si elle est possible pour vous.
Quiz MediScribe, mediscribe.fr. Ce document ne remplace pas l'avis de votre médecin.
Combien de fois par semaine se fait la dialyse ?
L'hémodialyse en centre se fait 3 fois par semaine, environ 4 heures par séance. La dialyse péritonéale, elle, se fait tous les jours, souvent la nuit à domicile. Ce rythme a une raison : entre deux séances, les déchets et le potassium s'accumulent dans votre sang. Plus l'intervalle est long, plus les risques augmentent.
Certains patients bénéficient de séances plus fréquentes et plus courtes (5 à 6 fois par semaine), ce qui améliore le confort et réduit les restrictions alimentaires. Votre néphrologue choisit le rythme le plus adapté à votre situation.
- Hémodialyse en centre : 3 fois par semaine, 4h par séance
- Dialyse péritonéale automatisée (DPA) : tous les soirs, environ 8h la nuit
- Dialyse péritonéale manuelle (DPCA) : 4 échanges manuels par jour
Pour en savoir plus sur la dialyse péritonéale : notre guide complet sur la dialyse péritonéale.
Combien de temps peut-on vivre sous dialyse ?
La dialyse n'est pas une fin. Selon le registre REIN (suivi national de tous les patients dialysés en France, géré par l'Agence de la Biomédecine), la moitié des nouveaux patients sont encore en vie environ 5 ans après le début du traitement (rapport annuel 2023, patients greffés compris). Ce chiffre dépend beaucoup de l'âge : environ 10 ans pour ceux qui commencent entre 45 et 64 ans, 3 ans entre 75 et 84 ans. Certains patients sont traités depuis plus de 20 ans, le plus souvent après une greffe. Les maladies associées (comme le diabète ou les problèmes cardiaques) et la qualité du suivi comptent aussi.
La greffe rénale améliore significativement ces chiffres. C'est pourquoi votre néphrologue cherchera à vous inscrire sur la liste d'attente si votre état le permet.
Pour tout savoir sur ce sujet : espérance de vie sous dialyse : les données françaises.
Peut-on conduire après une séance de dialyse ?
Oui, dans la plupart des cas. Beaucoup de patients conduisent après leur séance sans problème. Mais si vous ressentez une fatigue intense ou une baisse de la tension en vous levant, il vaut mieux ne pas prendre le volant ce jour-là. Le transport médicalisé (ambulance, VSL, taxi conventionné) est pris en charge à 100 % si votre médecin le prescrit. Parlez-en à votre néphrologue si vous avez un doute.
La dialyse est-elle douloureuse ?
La pose des aiguilles dans la fistule peut faire un peu mal, surtout au début. Pendant la séance, des crampes ou des baisses de tension surviennent parfois : c'est inconfortable, mais ça passe. En dehors de ces moments, la dialyse elle-même ne fait pas mal. La fatigue après la séance est très fréquente et tout à fait normale. Si vous avez des douleurs qui vous inquiètent, dites-le toujours à l'équipe soignante : ils peuvent adapter votre traitement.
- Déroulement d'une séance d'hémodialyse : de l'arrivée à la sortie, étape par étape
- Alimentation en dialyse : potassium, phosphore, sel et restriction hydrique
- Espérance de vie sous dialyse : données du registre REIN
- Dialyse péritonéale : fonctionnement, avantages, différences avec l'hémodialyse
- Greffe rénale : liste Cristal, délais et donneur vivant
- Vos droits en dialyse : ALD, transport, MDPH, loi Lemoine
Pour aller plus loin
- Pourquoi prendre son traitement tous les jours : notre guide complet sur l'observance thérapeutique
- Hypertension artérielle : comprendre et contrôler sa tension
- Glomérulonéphrite : une cause fréquente d'IRC
Nos autres guides en néphrologie
Cette fiche est un exemple de contenu MediScribe : structuré, sourcé, validé médicalement, lisible par les patients et cité par les IA. Vos pages, elles, sont sans doute invisibles là où les patients cherchent aujourd'hui.
Sur quelles sources s'appuie cette fiche ?
- Haute Autorité de santé. Guide du parcours de soins : maladie rénale chronique de l'adulte, 2012. sfndt.org
- Haute Autorité de santé. Insuffisance rénale chronique terminale : comment améliorer l'efficience de la prise en charge ?, 2014. has-sante.fr
- Société francophone de néphrologie, dialyse et transplantation. Publications néphrologiques à destination du public et des patients. sfndt.org
- Agence de la biomédecine. Registre REIN : rapport annuel sur le traitement de l'insuffisance rénale chronique terminale. agence-biomedecine.fr
- Haute Autorité de santé. Guide du parcours de soins : maladie rénale chronique de l'adulte (MRC), version actualisée validée en septembre 2023, mise en ligne le 17 novembre 2023. has-sante.fr
- Agence de la biomédecine. REIN, rapport annuel 2023 (données au 31 décembre 2023), publié en 2025. agence-biomedecine.fr
- KDIGO. KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease. Kidney Int 2024;105(4S):S117-S314. DOI 10.1016/j.kint.2023.10.018
- Palmer S et coll. Prevalence of depression in chronic kidney disease: systematic review and meta-analysis of observational studies. Kidney Int 2013;84(1):179-91. DOI 10.1038/ki.2013.77
- Assemblée nationale. Question écrite n° 7394 de M. Michel Lauzzana sur la dialyse à domicile, publiée le 10 juin 2025, réponse du ministère de la Santé publiée le 17 mars 2026. assemblee-nationale.fr