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Fiche 04 · Observance du traitement · En attente de validation médicale
Observance thérapeutique

Arrêter son traitement :
ce qu'il faut vraiment savoir

Depuis que vous prenez quotidiennement votre traitement contre le cholestérol, vous n'avez pas l'impression que quoi que ce soit ait changé. Ca fait 6 mois que vous avez commencé, mais dans quel but finalement ? Et si ce traitement ne servait à rien ? Et si le médecin s'était trompé et que je pouvais très bien vivre comme avant, sans ces médicaments à avaler, ne pas oublier. Autre situation : depuis que vous avez commencé, vous avez des effets secondaires. Pas très graves, mais suffisamment pour que ça vous énerve. Vous toussez, vous avez des éruptions sur la peau. Ces raisons de remettre en cause la décision du médecin sont compréhensibles. Mais n'agissez pas sans y réfléchir correctement, et sans en avoir parlé avec des professionnels de la santé. Il y a des choses importantes à savoir, et ces choses peuvent vous éviter des complications parfois très graves.

Le patient qui doit prendre de nouveaux médicaments ne comprend pas à quoi ils servent
⚠️ Cette fiche est en cours de validation médicale. Les informations présentées sont issues de recommandations officielles (HAS, OMS) mais ne remplacent pas l'avis de votre médecin.
L'observance médicamenteuse en France — chiffres clés
50 %
des patients atteints de maladie chronique ne prennent pas correctement leur traitement (OMS, 2003 — toujours valide)
200 000
décès évitables par an en Europe liés à la mauvaise observance (Eur. J. Hosp. Pharm., 2012)
1ère
cause d'échec thérapeutique dans les maladies chroniques selon la HAS

1. Pourquoi les gens arrêtent leurs médicaments ?

Arrêter un traitement est une décision personnelle très courante. Des études montrent que la moitié des patients atteints de maladie chronique ne suivent pas leur traitement correctement à long terme. Ce n'est que rarement une question de mauvaise volonté. Ce sont des raisons souvent très logiques :

À retenir
Si vous avez une de ces raisons, vous n'êtes pas seul. Et votre médecin en est conscient. La bonne attitude est d'en parler avec lui — pas de décider seul d'arrêter.

2. Se sentir mieux : est-ce une mauvaise raison d'arrêter ?

C'est l'un des paradoxes de la médecine : se sentir mieux peut être le signe que le traitement fonctionne, pas qu'il est inutile.

Prenons quelques exemples très concrets :

Le piège le plus courant
L'absence de symptômes n'est pas la preuve que la maladie est guérie. Pour les maladies chroniques (HTA, maladies de la thyroïde, diabète, cholestérol, épilepsie), le traitement contrôle la maladie — il ne la supprime pas. C'est comme le vélo : vous avancez parce que vous pédalez, pas parce que la route défile naturellement sous vos roues.
UNe infirmière prépare le pilulier d'un vieux patient pour la semaine à venir. Le vieux monsieur demande si tous les médicaments sont bien utiles à sa santé

3. Les risques réels selon les médicaments

Les risques d'un arrêt brutal ne sont pas les mêmes selon les médicaments. Voici les principales familles concernées :

Famille de médicaments Exemples courants Risques en cas d'arrêt brutal
Antihypertenseurs Bêta-bloquants, IEC, ARA II, amlodipine Rebond tensionnel, risque d'AVC ou d'infarctus
Antiépileptiques Valproate, lévétiracétam, lamotrigine Retour des crises d'épilepsie, parfois en état de mal
Antidépresseurs Sertraline, fluoxétine, venlafaxine Syndrome de sevrage, rechute dépressive
Corticoïdes (longue durée) Prednisone, prednisolone Insuffisance surrénale aiguë (IRA), chute de tension
Anticoagulants Warfarine, apixaban, rivaroxaban Risque de caillot sanguin, AVC ischémique
Antidiabétiques Metformine, insuline, gliclazide Hyperglycémie, risque à long terme sur les organes
Antibiotiques Amoxicilline, azithromycine Rechute infectieuse, résistances bactériennes
Médicaments à ne jamais arrêter brutalement
Les bêta-bloquants, les antiépileptiques, les corticoïdes pris au long cours et les anticoagulants sont des médicaments pour lesquels un arrêt brutal peut être dangereux, voire engager le pronostic vital. Un arrêt progressif, sous surveillance médicale, est toujours nécessaire.

4. L'effet rebond : explications

L'effet rebond, c'est quand les symptômes reviennent plus fort qu'avant le traitement, immédiatement après l'arrêt. C'est différent d'une simple rechute.

Il survient particulièrement avec :

5. Quand les effets secondaires posent problème

Les effets secondaires sont la première raison d'arrêt spontané d'un traitement. Et c'est compréhensible : personne n'a envie de souffrir des conséquences d'un médicament censé l'aider.

Mais dans la plupart des cas, il existe des solutions — sans arrêter le traitement :

  1. Parler de l'effet secondaire à votre médecin ou pharmacien — décrivez-le précisément (quand il apparaît, combien de temps il dure, son intensité).
  2. Changer l'horaire de prise — certains effets (nausées, somnolence) disparaissent en changeant le moment de prise dans la journée.
  3. Réduire la dose — votre médecin peut ajuster la posologie pour trouver le bon équilibre entre efficacité et tolérance.
  4. Changer de médicament — au sein d'une même famille, il existe souvent plusieurs molécules. Celle qui vous convient mieux existe peut-être.
  5. Ajouter un médicament correcteur — par exemple, un médicament pour protéger l'estomac si votre traitement provoque des douleurs gastriques.
Signalez vos effets secondaires
En France, vous pouvez signaler un effet indésirable sur signalement.social-sante.gouv.fr ou via votre médecin ou pharmacien. Ces signalements servent à mieux surveiller la sécurité des médicaments au niveau national. Les services de santé publique peuvent être amenés à vous contacter pour mieux comprendre ce qui vous est réellement arrivé et les transmettre aux instances concernées (ANSM).

6. Comment faire si vous voulez arrêter un traitement ?

Vous avez des raisons valables de vouloir arrêter un médicament. La bonne démarche, c'est d'en parler — pas d'agir seul. Voici comment aborder la conversation avec votre médecin :

  1. Dites ce que vous ressentez — effets secondaires, lassitude, coût, doute sur l'utilité. Il ne peut pas vous aider s'il ne sait pas ce que vous vivez.
  2. Demandez une explication — « À quoi sert ce médicament exactement ? » « Que risque-t-il de se passer si je l'arrête ? »
  3. Demandez si c'est possible — « Est-ce qu'on peut envisager de réduire la dose ? » « Y a-t-il un moment où je pourrais l'arrêter ? »
  4. Suivez le plan de sevrage — si un arrêt est décidé, il se fait presque toujours progressivement, avec une diminution des doses sur plusieurs semaines.
Ce qu'il ne faut pas faire
Ne jamais arrêter un traitement du jour au lendemain sans en avoir parlé. Ne jamais reprendre un traitement arrêté sans en parler non plus — les doses peuvent avoir changé. Et si vous avez arrêté seul et que vous ressentez des symptômes inhabituels, consultez rapidement.

7. Oublier ses médicaments : comment éviter

L'oubli est l'une des causes les plus fréquentes de mauvaise observance. Quelques stratégies simples permettent de s'y habituer :

8. La déprescription : quand le médecin réduit le dosage

La déprescription, c'est la démarche médicale qui consiste à réduire ou arrêter un médicament qui n'est plus nécessaire ou utile. C'est une bonne pratique médicale — et elle est de plus en plus encouragée par la HAS.

Elle se justifie dans plusieurs situations :

Si vous prenez beaucoup de médicaments et que vous vous demandez si certains sont encore utiles, n'hésitez pas à demander une consultation dédiée à la révision de votre ordonnance. C'est une demande légitime et votre médecin peut la valoriser dans le temps de consultation.

Et les personnes âgées ?
La HAS recommande une révision régulière de l'ordonnance chez les personnes de plus de 75 ans prenant plusieurs médicaments. Certains médicaments (somnifères, certains antidouleurs, certains antihistaminiques) sont déconseillés après 65 ans car ils augmentent le risque de chutes et de confusion. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

9. Questions fréquentes sur l'arrêt du traitement

Pas sans en parler d'abord à votre médecin. Avec certains médicaments — comme les antibiotiques, les antidépresseurs, les bêta-bloquants ou les antiépileptiques — un arrêt brutal peut provoquer un rebond de la maladie, des symptômes de manque, ou des complications graves.

Se sentir mieux est souvent le signe que le traitement fonctionne, pas qu'il est inutile. C'est particulièrement vrai pour l'hypertension, le diabète, l'épilepsie et la dépression.

Cela dépend du médicament et de la maladie. Pour un antihypertenseur : la tension peut remonter brutalement, avec risque d'AVC ou d'infarctus. Pour un antiépileptique : le risque de crise recommence. Pour un antidépresseur : syndrome de sevrage, puis rechute dépressive. Pour un anticoagulant : risque de caillot sanguin ou d'AVC.

Les risques sont réels et varient selon le traitement — discutez-en toujours avec votre médecin.

Si vous ressentez des effets indésirables, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant d'arrêter. Dans la plupart des cas, il existe une solution : réduire la dose, changer l'horaire de prise, ou passer à un médicament équivalent sans les mêmes effets secondaires.

Arrêter seul peut être plus dangereux que de continuer avec des effets secondaires supportables. Signalez aussi vos effets secondaires sur signalement.social-sante.gouv.fr.

Plusieurs stratégies simples fonctionnent bien : préparer ses médicaments le soir pour le lendemain matin, utiliser un pilulier semainier, activer des rappels sur son téléphone, associer la prise à un geste habituel (brossage de dents, repas).

Certaines pharmacies proposent aussi la dispensation à l'unité ou le blister personnalisé, particulièrement utile quand on prend plusieurs médicaments.

Oui, c'est même une bonne pratique appelée déprescription. Les recommandations médicales évoluent, et certains médicaments prescrits depuis longtemps peuvent ne plus être nécessaires, notamment avec l'âge.

Votre médecin peut revoir votre ordonnance lors d'une consultation de bilan. N'hésitez pas à lui poser la question : "Ai-je encore besoin de tous mes médicaments ?"

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Sources et références

  1. Organisation mondiale de la santé (OMS). Adherence to Long-Term Therapies: Evidence for Action. Genève : OMS, 2003. who.int
  2. Vrijens B, De Geest S, Hughes DA, et al. A new taxonomy for describing and defining adherence to medications. British Journal of Clinical Pharmacology, 2012 ; 73(5) : 691–705.
  3. Haute Autorité de Santé (HAS). Améliorer la qualité du système de santé et maîtriser les dépenses : observance et iatrogénie médicamenteuse. HAS, 2022.
  4. Haute Autorité de Santé (HAS). Déprescription médicamenteuse chez le sujet âgé. HAS, 2024. has-sante.fr
  5. Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Bon usage des médicaments : les effets indésirables et leur signalement. ANSM, 2024. ansm.sante.fr
  6. Legrain S, Lacaille S. Prescrire chez le sujet âgé. EMC – Médecine, 2006.
  7. Lam WY, Fresco P. Medication Adherence Measures: An Overview. BioMed Research International, 2015.

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