Rédigé par Florent Durand, MediScribe · Destiné aux patients adultes et aux adolescents dès 13 ans · Validation médicale ORL en cours
Votre crâne est creusé. Pas métaphoriquement : il contient quatre paires de cavités remplies d'air, qu'on appelle les sinus paranasaux. Ils allègent les os du visage et filtrent l'air que vous respirez. Ces sinus sont tapissés d'une muqueuse qui produit du mucus, lequel s'écoule normalement vers le nez par de petits orifices appelés ostia.
Une sinusite survient quand ces orifices se bouchent. Le mucus ne s'écoule plus, stagne, et devient un terrain idéal pour la multiplication des bactéries ou des champignons. Le résultat : douleur, pression, écoulement coloré, nez bouché, et parfois fièvre.
On distingue la sinusite aiguë (moins de 4 semaines), la sinusite subaiguë (4 à 12 semaines) et la sinusite chronique (plus de 12 semaines). La forme chronique peut être avec ou sans polypes nasaux, ce qui change complètement la prise en charge.
Imagine que tes sinus, c'est comme de petites poches dans les os de ton crâne, juste derrière ton nez, tes joues et tes sourcils. Normalement, elles se vident toutes seules. Quand elles se bouchent (à cause d'un rhume par exemple), les microbes s'y installent, ça gonfle, et ça fait mal. C'est ça une sinusite.
La grande majorité des sinusites aiguës sont d'abord virales. Le virus du rhume (rhinovirus, coronavirus saisonnier, grippe) provoque un œdème de la muqueuse nasale. Cet œdème obstrue les ostia et empêche le drainage normal du mucus sinusal. Le mucus s'accumule, la pression augmente, et la douleur commence.
Dans 0,5 à 2 % des cas de rhume, une bactérie profite de ce terrain pour se multiplier et transformer la sinusite virale en sinusite bactérienne. Les bactéries en cause sont le plus souvent Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae ou Moraxella catarrhalis.
D'autres situations favorisent les sinusites à répétition :
Le problème central, c'est le drainage. Tant que les ostia sont ouverts, le mucus s'écoule, les bactéries sont évincées, et la muqueuse peut guérir. Mais si l'œdème persiste au-delà de 10 jours, ou si le mucus est trop épais pour s'écouler (déshydratation, air sec), la cavité sinusale devient un milieu fermé et chaud : exactement ce qu'il faut pour que les bactéries prolifèrent.
C'est le double enclenchement : vous alliez mieux, puis vous rechutez plus fort. Vous pensiez que votre rhume passait, et au 8e jour, la douleur revient, plus intense, l'écoulement redevient coloré et épais, parfois la fièvre remonte. Ce signe est le signal d'alarme numéro un d'une surinfection bactérienne.
Vous vous amélioriez depuis quelques jours, puis la douleur faciale revient, le nez se rebouche, l'écoulement redevient jaune ou vert et épais. C'est le signe que les bactéries ont pris le relais du virus. Consultez dans les 24 à 48 heures.
La sinusite devient chronique quand les mécanismes d'inflammation sont tellement ancrés dans la muqueuse qu'ils s'auto-entretiennent même sans infection active. On parle alors de rhinosinusite chronique (RSC), qui nécessite une approche différente, souvent plus longue.
C'est comme si tu avais une poche remplie de mucus et qu'on la fermait avec une fermeture éclair. Tant qu'elle est bloquée, les microbes restent à l'intérieur et se multiplient. Même si tu bois beaucoup d'eau et que tu te mouches, si l'ouverture ne se débouche pas, ça ne guérit pas tout seul.
Les symptômes varient selon le sinus atteint, mais les signes communs sont :
Gonflement ou rougeur palpébrale (près de l'œil), vision double, douleur orbitaire intense, raideur de la nuque, forte fièvre avec altération de l'état général, confusion ou trouble de conscience. Ces signes évoquent une complication grave (cellulite orbitaire, méningite) et nécessitent une prise en charge d'urgence.
Que votre sinusite soit virale ou bactérienne, certaines mesures à domicile restent utiles et recommandées.
Les lavages au sérum physiologique (solution salée isotonique à 0,9 %) ou au sérum hypertonique (plus concentré, plus décongestionnant) permettent d'éliminer mécaniquement le mucus épais et les agents infectieux, de réhydrater la muqueuse et de favoriser le drainage naturel des sinus.
Le paracétamol est le premier choix pour soulager la douleur et la fièvre. Chez l'adulte, prenez au maximum 1 g par prise, avec au moins 4 heures entre deux prises, et pas plus de 3 g par jour sans avis médical (ANSM, 2024). Évitez l'ibuprofène et les autres anti-inflammatoires sans l'avis de votre médecin. Depuis 2019, l'ANSM signale des complications infectieuses graves, notamment ORL, chez des personnes qui en avaient pris pendant une infection. Si votre médecin vous en prescrit, la règle est la dose la plus faible, pendant 5 jours au plus contre la douleur.
Boire suffisamment (1,5 à 2 litres par jour) maintient le mucus fluide et facilite son évacuation. L'air sec aggrave la stase. Si votre intérieur est très chauffé et sec, un humidificateur d'air ou le fait de suspendre une serviette humide dans la chambre peut aider.
Les sprays décongestionnants (oxymétazoline, xylométazoline) soulagent rapidement l'obstruction nasale. Ils ne sont délivrés que sur ordonnance (ANSM). Ils ne doivent pas être utilisés plus de 5 jours consécutifs. Au-delà, ils provoquent une rhinite médicamenteuse : le nez se rebouche dès l'arrêt et vous en devenez dépendant. Ils sont contre-indiqués chez les enfants de moins de 15 ans, les femmes enceintes et les personnes hypertendues.
Les comprimés contre le rhume qui contiennent de la pseudoéphédrine (par exemple Actifed Rhume ou Humex Rhume) ne sont délivrés que sur ordonnance depuis le 11 décembre 2024. L'ANSM déconseille de les prendre pour un rhume, à cause de risques graves comme l'infarctus ou l'AVC, même chez des personnes sans antécédent.
Prendre des antibiotiques sans prescription : ils ne servent à rien contre les virus et favorisent les résistances. Arrêter un traitement antibiotique au bout de 3 jours parce que vous allez mieux : le traitement doit aller à son terme. Trop utiliser les décongestionnants nasaux : 5 jours maximum.
Le lavage de nez avec du sérum physiologique, c'est pas glamour, mais c'est vraiment la chose la plus utile que tu puisses faire. Ça rince les microbes et le mucus. Fais-le matin et soir comme tu te laves les dents. Et hydrate-toi bien : les sodas ne comptent pas.
Ce journal structure votre observation quotidienne. Il permet de détecter le double enclenchement (amélioration suivie d'une rechute) qui signe une surinfection bactérienne, et de donner à votre médecin une vision précise de l'évolution sur 7 jours.
Échelle douleur : 0 à 3 = légère, ne gêne pas · 4 à 6 = modérée, gênante · 7 à 10 = intense, difficile à supporter
| Symptôme / Signe | Jour 1 | Jour 2 | Jour 3 | Jour 4 | Jour 5 | Jour 6 | Jour 7 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Douleur visage /10 | ___ | ___ | ___ | ___ | ___ | ___ | ___ |
| Nez bouché | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N |
| Écoulement coloré | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N |
| Fièvre en degrés | ___ | ___ | ___ | ___ | ___ | ___ | ___ |
| Douleur 1 seul côté | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N |
| Douleur tête penchée | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N |
| Lavages nez faits | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N |
| Paracétamol pris | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N | O / N |
Le double enclenchement est le signe le plus important de surinfection bactérienne : vous étiez en train de vous améliorer (douleur qui baisse, nez qui se dégage), puis les symptômes s'aggravent de nouveau, brusquement. Si votre douleur remonte après une phase d'amélioration, consultez votre médecin dans les 24 heures.
Apportez ce journal rempli à votre consultation. Il permet à votre médecin de reconstruire l'évolution exacte et d'éviter les descriptions subjectives ("ça fait une semaine" ou "c'est venu d'un coup") qui rendent le diagnostic moins précis.
Votre médecin traitant est le premier interlocuteur. Il peut diagnostiquer et traiter une sinusite aiguë sans recours à un spécialiste dans la majorité des cas. Le recours à l'ORL est indiqué dans les situations suivantes :
C'est l'examen de base en consultation ORL. L'ORL introduit un tube souple et fin (environ 3 mm de diamètre) muni d'une caméra dans chaque narine après application d'un anesthésique local en spray. L'examen dure 3 à 5 minutes et est généralement très bien toléré. Il permet de visualiser directement les fosses nasales, les méats (zones de drainage des sinus), la présence de polypes, de pus, de déformation anatomique.
L'ORL va vous interroger sur la durée des symptômes, la fréquence des épisodes, vos antécédents (allergies, asthme, interventions précédentes), vos traitements actuels. C'est pour ça que le journal de suivi est précieux : vous lui donnez des faits notés jour après jour.
Il explore aussi la zone située derrière le nez (rhinopharynx), où les végétations adénoïdes peuvent entretenir des sinusites récidivantes, notamment chez l'enfant et l'adolescent.
Le scanner (tomodensitométrie) est l'examen de choix pour explorer les sinus en détail. Il montre avec précision l'étendue de l'atteinte sinusale, les variations anatomiques (déviation de cloison, cellules ethmoïdales particulières, etc.), la présence de polypes et de complications. Il est indispensable avant toute intervention chirurgicale endoscopique. Il est demandé en cas de sinusite chronique, de sinusite récidivante, ou de complication suspectée. La dose de rayonnement est faible et l'examen prend moins de 10 minutes.
L'IRM (imagerie par résonance magnétique) est réservée aux cas où une complication intraorbitaire ou intracrânienne est suspectée, ou lorsque le scanner suggère une tumeur ou une lésion tissulaire particulière. Elle n'irradie pas mais est plus longue (30 à 45 minutes) et moins disponible.
En cas de sinusite chronique sur terrain allergique, un bilan allergologique est utile : prick-tests (tests cutanés aux allergènes courants), dosage des IgE spécifiques. Identifier et traiter l'allergie sous-jacente fait partie du traitement de fond de la sinusite chronique allergique.
Le prélèvement de mucus nasal avec mise en culture permet d'identifier le germe bactérien en cause et ses sensibilités aux antibiotiques. Utile en cas d'échec d'un premier traitement antibiotique, de sinusite nosocomiale (acquise à l'hôpital) ou de patients immunodéprimés.
NFS (numération formule sanguine), CRP et éventuellement éosinophiles sanguins peuvent être demandés en cas de sinusite chronique pour évaluer le profil inflammatoire et guider le choix thérapeutique (corticoïde systémique, biothérapie).
Si ton médecin demande un scanner des sinus, pas d'inquiétude : le scanner prend une photo très précise de l'intérieur de tes sinus. Ça prend 5 minutes et ça ne fait absolument pas mal. Ça permet de voir exactement ce qui se passe et de décider du meilleur traitement.
La sinusite chronique sans polypose répond à un traitement médical bien conduit dans la majorité des cas. Ce traitement est long (3 à 6 mois minimum) et nécessite une observance rigoureuse.
La chirurgie endoscopique fonctionnelle des sinus (FESS : Functional Endoscopic Sinus Surgery) est le type d'intervention le plus réalisé. Son objectif est de rétablir l'écoulement naturel des sinus en élargissant les ostia et en retirant les obstacles (polypes, tissu cicatriciel).
Les indications principales sont :
La FESS est réalisée sous anesthésie générale en ambulatoire ou avec une courte hospitalisation. L'ORL opère par les narines avec un endoscope : il n'y a pas d'incision externe, pas de cicatrice visible.
Plus de 85 % des patients opérés par FESS rapportent une amélioration significative de leurs symptômes à 2 ans. La chirurgie ne guérit pas une prédisposition allergique ou asthmatique sous-jacente : le traitement de fond médical doit être maintenu après l'intervention pour éviter les récidives.
Une opération des sinus, ça se passe par le nez, pas par une coupure dans le visage. Le chirurgien utilise une mini-caméra (endoscope) pour voir et agrandir les petites ouvertures de tes sinus. Tu ne verras rien, tu seras endormi. En général, tu rentres chez toi le jour même ou le lendemain.
Une fois l'indication opératoire posée, plusieurs étapes sont nécessaires avant l'intervention.
La récupération après une FESS est progressive. Elle se divise en trois grandes phases.
Après le réveil, vous êtes surveillé quelques heures en salle de réveil. Des mèches hémostatiques absorbables ou des attelles nasales sont parfois posées pendant l'intervention. Vous rentrez généralement chez vous le jour même ou le lendemain. Prévoyez un accompagnant pour le retour.
Le nez est bouché, les écoulements sont abondants (sang, mucus, croûtes). C'est normal. Les lavages nasaux au sérum physiologique commencent généralement dès le lendemain ou le surlendemain de l'intervention selon les consignes de votre chirurgien. Ils sont indispensables pour éliminer les croûtes et les résidus et favoriser la cicatrisation. Évitez de vous moucher fort : soufflez doucement, narine par narine. Pas de sport, pas d'effort intense, pas de transport en avion.
L'ORL réalise un nettoyage endoscopique des sinus sous anesthésie locale légère. Il élimine les croûtes et les débris qui encombrent les cavités opérées. Ces consultations de contrôle (généralement 2 à 3 dans les 2 premiers mois) sont aussi importantes que l'intervention elle-même : elles conditionnent la qualité de la cicatrisation et les résultats à long terme.
La respiration nasale s'améliore progressivement. L'odorat peut revenir lentement en cas de polypose (parfois sur plusieurs mois). Le traitement de fond est maintenu : corticoïdes nasaux en spray et lavages quotidiens. L'activité sportive d'endurance peut reprendre à partir de la 3e ou 4e semaine selon l'accord de votre chirurgien. Les activités de contact (rugby, boxe, arts martiaux) sont déconseillées pendant 6 semaines minimum.
En cas de polypose, un suivi régulier est nécessaire pour adapter le traitement (corticoïdes locaux, biothérapie si indication) et détecter les récidives précocement. La chirurgie réduit les récidives mais ne les élimine pas définitivement chez les patients à terrain allergique ou asthmatique sévère.
saignement nasal abondant ne cédant pas après 20 minutes de compression, fièvre supérieure à 38,5 degrés, gonflement ou rougeur palpébrale, douleur intense et brutale à la tête ou aux yeux, trouble visuel. Appelez la clinique ou le 15 directement.
Après l'opération, le plus dur c'est souvent les 10 premiers jours : le nez reste bouché, tu dois faire des lavages quotidiens (oui, encore), et tu ne peux pas faire de sport pendant au moins 3 semaines. Mais après ça, en général, tu respires mieux que tu ne l'as fait depuis très longtemps.
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