Hypothyroïdie : tout ce que vous devez savoir sur cette maladie qui vous fait tourner au ralenti
Rédigé par Florent Durand, MediScribe · Destiné aux patients et à leurs proches · Validation médicale en cours
Qu'est-ce que la thyroïde et l'hypothyroïdie ?
La thyroïde est une petite glande d'environ 20 à 30 grammes, située devant la trachée, juste en dessous du larynx. Elle produit deux hormones :
- T4La thyroxine (T4) : c'est la forme de réserve, produite en majorité. Elle circule dans le sang et est convertie en T3 dans les tissus selon les besoins.
- T3La triiodothyronine (T3) : c'est la forme active. Elle agit directement sur les cellules pour accélérer leur métabolisme.
Ces hormones interviennent sur à peu près tout : le rythme cardiaque, la température corporelle, le transit intestinal, la vitesse de pensée, le cycle menstruel, la pousse des cheveux, la qualité de la peau, le cholestérol. Quand la thyroïde en produit trop peu, c'est l'ensemble de ces fonctions qui ralentit simultanément.
La production de T4 et T3 est régulée par l'hypophyse (une glande située dans le cerveau), qui sécrète la TSH (Thyroid Stimulating Hormone). Plus la thyroïde est paresseuse, plus l'hypophyse augmente sa production de TSH pour tenter de la stimuler. C'est pourquoi une TSH élevée est le premier signe d'une hypothyroïdie.
En France, l'hypothyroïdie touche 1 à 2 % de la population, plus souvent les femmes (HAS, 2023).
Quels sont les symptômes de l'hypothyroïdie ?
C'est la difficulté principale de l'hypothyroïdie : les symptômes s'installent lentement, sur des mois, et ressemblent à une simple baisse de forme. Les patients consultent souvent tard. Voici les signes caractéristiques, par ordre de fréquence :
- !Fatigue intense, persistante, qui ne cède pas au repos : c'est le signe le plus fréquent. Le patient dort plus mais se réveille fatigué.
- !Prise de poids inexpliquée : même sans changement alimentaire. Le métabolisme basal ralentit, donc la dépense énergétique diminue.
- !Sensation permanente de froid : y compris en été ou dans une pièce chauffée. La thermorégulation est perturbée.
- !Peau sèche, cheveux qui tombent, ongles cassants : signes cutanés très évocateurs, souvent les premiers que le patient remarque.
- !Constipation : le transit intestinal ralentit. Ce signe est souvent négligé mais très fréquent.
- !Voix rauque, visage bouffi, œdème des chevilles : signes de myxœdème, caractéristiques des formes avancées.
- !Ralentissement intellectuel, difficultés de concentration, trous de mémoire : parfois confondus avec une dépression ou un début de démence, surtout chez les personnes âgées.
- !Humeur dépressive, irritabilité : l'hypothyroïdie est une cause organique de dépression souvent sous-diagnostiquée.
- !Règles irrégulières ou abondantes chez la femme : les hormones thyroïdiennes jouent un rôle dans la régulation du cycle menstruel.
- !Bradycardie (cœur lent) : la fréquence cardiaque peut descendre en dessous de 60 battements par minute.
- !Crampes musculaires, douleurs diffuses : les muscles fonctionnent au ralenti, ce qui provoque des crampes et une sensation de lourdeur.
- !Chez l'enfant : retard de croissance, retard de développement, mauvais résultats scolaires : toujours chercher une hypothyroïdie devant ces signes chez un enfant.
Les symptômes de l'hypothyroïdie s'installent lentement et ne sont pas spécifiques. Pris un par un, la fatigue ou la prise de poids peuvent passer pour du stress ou un effet de l'âge. Il faut y penser quand plusieurs signes s'additionnent et durent. Une simple prise de sang (la TSH) permet de confirmer ou d'écarter le diagnostic.
Quelles sont les causes de l'hypothyroïdie ?
La maladie de Hashimoto (cause principale)
C'est la cause la plus fréquente d'hypothyroïdie (HAS, 2023). C'est une maladie auto-immune : le système immunitaire produit des anticorps qui attaquent progressivement la thyroïde et détruisent ses cellules. Elle est 5 à 10 fois plus fréquente chez les femmes de 30 à 50 ans que chez les hommes (HAS, 2023). Elle peut survenir à tout âge. Elle est fréquemment associée à d'autres maladies auto-immunes (diabète de type 1, polyarthrite rhumatoïde, maladie cœliaque, lupus).
Les autres causes
- →Thyroïdectomie totale ou partielle : après ablation chirurgicale de la thyroïde (cancer, nodule, hyperthyroïdie résistante), l'hypothyroïdie est immédiate et définitive. Le traitement par Levothyrox est à vie.
- →Traitement par iode radioactif (iode 131) : utilisé pour traiter l'hyperthyroïdie ou les cancers thyroïdiens, il détruit le tissu thyroïdien résiduel. L'hypothyroïdie qui suit est souhaitée dans certains cas et systématiquement traitée.
- →Irradiation cervicale : dans le cadre d'un traitement de cancer du cou ou de la tête, la thyroïde peut être endommagée par les radiations.
- →Carence en iode : rare en France depuis l'iodation du sel, elle reste une cause majeure dans certains pays en développement.
- →Médicaments : certains médicaments peuvent induire une hypothyroïdie : l'amiodarone (Cordarone), le lithium, certaines immunothérapies contre le cancer (anti-PD1).
- →Hypothyroïdie congénitale : la thyroïde est absente ou mal formée. En France, un dépistage est proposé à tous les nouveau-nés (test de Guthrie). Un traitement précoce évite le retard de développement.
- →Hypothyroïdie du post-partum : survient dans les 12 mois suivant l'accouchement. Elle est souvent transitoire, mais elle peut devenir définitive : un suivi de la TSH est donc utile.
Quel bilan pour diagnostiquer une hypothyroïdie ?
La TSH : le signal d'alarme de l'hypophyse
La TSH (Thyroid Stimulating Hormone) est sécrétée par l'hypophyse pour stimuler la thyroïde. Quand la thyroïde fonctionne mal, l'hypophyse augmente la TSH pour tenter de la forcer à travailler. Une TSH élevée est donc le premier signe d'une hypothyroïdie. Les valeurs normales en France se situent généralement entre 0,4 et 4,0 mUI/L (selon les laboratoires). À partir de 60 ans, la limite haute monte avec l'âge : par exemple 8 mUI/L entre 80 et 89 ans (HAS, 2023).
TSH entre 0,4 et 4,0 mUI/L : thyroïde normale.
TSH au-dessus de la norme et T4L normale, sur 2 prises de sang à au moins 6 semaines d'écart : hypothyroïdie fruste (ou infraclinique). Symptômes légers ou absents. Entre 4 et 10 mUI/L, le traitement se discute s'il y a des signes d'hypothyroïdie, des anticorps anti-TPO, un goitre ou un risque cardiovasculaire (HAS, 2023).
TSH supérieure à 10 mUI/L + T4L basse : hypothyroïdie avérée (ou franche). Le traitement est indiqué (HAS, 2023).
TSH très élevée + symptômes sévères : hypothyroïdie sévère. Urgence thérapeutique.
Les autres examens
- 1T4 libre (T4L) : mesure la quantité d'hormone active en circulation. Une T4L basse confirme l'hypothyroïdie et en précise la sévérité.
- 2Anticorps anti-TPO (anti-thyroperoxydase) et anti-thyroglobuline : leur présence en taux élevé signe la maladie de Hashimoto. Ces anticorps indiquent que l'origine est auto-immune. S'ils sont positifs, inutile de refaire ce dosage plus tard (HAS, 2023).
- 3Échographie thyroïdienne : elle n'est pas utile pour une hypothyroïdie, sauf dans quelques cas précis (HAS, 2023). Quand elle est faite, elle montre la taille et l'aspect de la glande, par exemple des nodules ou les zones de fibrose typiques de Hashimoto.
- 4Scintigraphie thyroïdienne : évalue le fonctionnement de la glande en mesurant la fixation d'un traceur radioactif. Elle ne sert pas au diagnostic de l'hypothyroïdie (HAS, 2023). On la réserve à d'autres situations, comme une hyperthyroïdie ou certains nodules.
Que se passe-t-il si l'hypothyroïdie n'est pas traitée ?
Sans traitement, l'hypothyroïdie s'aggrave progressivement. Les symptômes deviennent de plus en plus invalidants. Le stade extrême, rare mais grave, est le coma myxœdémateux : altération de la conscience, hypothermie profonde (température en dessous de 35 degrés), bradycardie sévère, hypoventilation. Il peut être mortel, même avec une prise en charge en réanimation. C'est une urgence médicale absolue.
Les conséquences de l'hypothyroïdie non traitée ne se limitent pas au coma. Sur le long terme, une hypothyroïdie persistante provoque :
- !Dyslipidémie : le cholestérol LDL augmente significativement, augmentant le risque cardiovasculaire à long terme.
- !Insuffisance cardiaque : par altération progressive de la contractilité myocardique.
- !Infertilité : les troubles du cycle menstruel peuvent conduire à une anovulation et à des difficultés à concevoir.
- !Chez la femme enceinte : fausse couche, accouchement prématuré, retard intellectuel de l'enfant. La thyroïde de la mère fournit les hormones au fœtus pendant tout le premier trimestre, avant que celle du bébé ne soit fonctionnelle.
- !Chez l'enfant non traité : retard de développement intellectuel irréversible (historiquement appelé crétinisme) si l'hypothyroïdie congénitale n'est pas traitée dans les premières semaines de vie.
Peut-on vivre normalement avec une hypothyroïdie ?
Avec une lévothyroxine correctement dosée et une observance rigoureuse, la quasi-totalité des patients mènent une vie normale, sans aucune limitation. La TSH est contrôlée 6 à 8 semaines après le début du traitement ou un changement de dose (HAS, 2023). Les symptômes régressent progressivement sur plusieurs semaines à plusieurs mois. La fatigue est souvent la dernière à disparaître.
Selon la HAS (2023), 5 à 10 % des patients bien dosés gardent une gêne persistante (fatigue, troubles de la mémoire, humeur) malgré une TSH normale. Le médecin cherche d'abord une autre cause. L'association lévothyroxine et liothyronine (T4 et T3) reste un traitement d'exception, après avis d'un endocrinologue. Elle est contre-indiquée en cas de maladie cardiovasculaire et déconseillée pendant la grossesse (HAS, 2023). L'Association européenne de la thyroïde (ETA) la considère comme une approche expérimentale, à arrêter s'il n'y a pas de mieux après 3 mois (ETA, 2012).
Comment bien prendre son Levothyrox ?
La règle d'or : le matin à jeun
La lévothyroxine (Levothyrox, L-Thyroxin Henning, Thyrofix, Tcaps, L-Thyroxine Serb) est une hormone thyroïdienne de synthèse, identique à celle produite par la thyroïde. Elle se prend en une seule prise, le matin à jeun, 20 à 30 minutes avant le petit-déjeuner (HAS, 2023). La nourriture gêne son passage dans le sang. Si vous mangez juste après, une partie du médicament ne passe pas dans le sang.
Si vous ne pouvez pas attendre le matin (contraintes professionnelles, vie familiale avec enfants), une étude néerlandaise menée chez 90 patients a montré qu'une prise au coucher donne une TSH au moins aussi bonne qu'une prise le matin (Bolk, 2010). À discuter avec votre médecin.
Les interactions médicamenteuses et alimentaires à connaître
Plusieurs substances réduisent l'absorption de la lévothyroxine. Elles doivent être prises à distance, au moins 2 heures après votre prise de Levothyrox (HAS, 2023) :
- ↑Calcium (suppléments de calcium, antiacides contenant du calcium, certains laits enrichis) : réduit significativement l'absorption.
- ↑Fer (suppléments de fer, souvent prescrits en cas d'anémie) : même problème. Prévoir un espacement de 2 heures minimum.
- ↑Café : une étude publiée dans la revue Thyroid (2008) a montré qu'un café bu avec le comprimé réduit l'absorption de la lévothyroxine de 27 à 36 %. Dans cette étude, un café bu 1 heure après la prise ne gênait plus. Avalez le comprimé avec de l'eau, gardez le café pour le petit-déjeuner.
- ↑Soja : les phyto-œstrogènes du soja interfèrent avec l'absorption. Les patients consommant beaucoup de soja (laits végétaux, tofu) peuvent avoir besoin de doses plus élevées.
- ↑Fibre alimentaire en grande quantité : les sons de blé et les fibres de graines de lin réduisent aussi l'absorption. Pas d'interdiction, mais à noter si la TSH est difficile à équilibrer.
- ↑Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) (oméprazole, pantoprazole) : réduisent l'acidité gastrique et donc l'absorption de la lévothyroxine. Un pH gastrique plus basique diminue la solubilité du médicament.
- ↑Cholestyramine (médicament contre le cholestérol) : se lie à la lévothyroxine dans l'intestin et l'empêche d'être absorbée.
Le principe de la marge thérapeutique étroite
La lévothyroxine est ce qu'on appelle un médicament à marge thérapeutique étroite. Concrètement, ça signifie qu'une variation même faible de la dose ou de l'absorption peut faire sortir le patient de la zone thérapeutique : soit vers le surdosage (symptômes d'hyperthyroïdie : palpitations, insomnie, perte de poids, tremblements), soit vers le sous-dosage (retour des symptômes d'hypothyroïdie).
C'est pourquoi les conditions de prise sont aussi strictes et pourquoi le passage d'une spécialité à une autre n'est pas anodin.
Que s'est-il passé avec le Levothyrox en 2017 ?
En mars 2017, Merck a commercialisé une nouvelle formule du Levothyrox (appelée NF, « nouvelle formule ») en remplacement de l'ancienne (AF, « ancienne formule »). La molécule active (la lévothyroxine sodique) était identique. Seuls les excipients changeaient.
Dans l'ancienne formule, l'un des excipients était le lactose. Dans la nouvelle formule, il a été remplacé par le mannitol, et de l'acide citrique a été ajouté. Ce changement, demandé par l'ANSM, visait une quantité de substance active plus constante d'un lot à l'autre et pendant toute la durée de conservation (ANSM).
Ce qui s'est passé ensuite
En 2017, des milliers de patients ont signalé des effets indésirables : fatigue intense, douleurs, troubles digestifs, maux de tête, palpitations. Entre mars 2017 et avril 2018, l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) a analysé plus de 31 000 déclarations, avec une fréquence de signalement « totalement inattendue » (ANSM, 2018). Des procédures judiciaires ont été ouvertes.
Les experts sont restés divisés sur l'interprétation : certains ont évoqué une réaction aux excipients ou une vraie différence d'absorption entre les deux formules, d'autres un effet nocebo (les patients, informés qu'un changement avait eu lieu, attribuaient leurs symptômes au médicament).
L'étude de l'ANSM sur les données de l'Assurance maladie n'a pas montré plus de problèmes de santé graves (décès, hospitalisation, arrêt de travail d'au moins 7 jours) avec la nouvelle formule. Elle a montré environ 360 000 consultations de plus chez le médecin en 2017 (ANSM, 2018).
Depuis octobre 2017, à la demande de l'ANSM, Merck importe Euthyrox, identique à l'ancienne formule. D'autres médicaments à base de lévothyroxine ont été mis à disposition. Euthyrox reste délivré jusqu'à fin 2028, seulement pour les patients qui le prennent déjà (ANSM, 2025). L'affaire a aussi conduit à :
• une refonte de la politique d'information des patients en cas de changement de formule
• le renforcement du dispositif de pharmacovigilance pour les médicaments à marge thérapeutique étroite
Sources : ANSM, enquête de pharmacovigilance (2018) et dossier lévothyroxine (mis à jour en 2025).
Ce que ça change pour vous
Une règle compte : si vous êtes bien équilibré, gardez la même spécialité (HAS, 2023). Thyrofix est un générique de Levothyrox (ANSM, 2025). Pour un patient stabilisé, votre médecin peut écrire « non substituable (MTE) » sur l'ordonnance. Le pharmacien ne peut alors pas changer de marque (Assurance maladie, 2023). L'ancienne formule ne peut plus être demandée pour commencer un traitement : Euthyrox est réservé aux patients qui le prennent déjà, jusqu'à fin 2028 (ANSM, 2025).
Selon la liste de l'ANSM d'octobre 2025, les médicaments à base de lévothyroxine disponibles en France sont Levothyrox, L-Thyroxin Henning, Thyrofix, Tcaps (capsules molles, non remboursées) et L-Thyroxine Serb (gouttes). Si vous êtes équilibré avec l'un d'eux, ne changez pas sans surveillance médicale. Après un changement, une TSH est prévue 6 à 8 semaines plus tard (HAS, 2023).
Quel suivi pour une hypothyroïdie traitée ?
La dose de départ
La dose habituelle est d'environ 1,6 microgramme par kilo de poids et par jour (HAS, 2023). Avant 65 ans et sans maladie cardiovasculaire, le médecin peut la donner d'emblée dans certains cas, ou l'atteindre par paliers. En cas de maladie cardiovasculaire, il commence plus bas, à 25 ou 50 microgrammes par jour. Chez une personne âgée, il commence souvent à 12,5 ou 25 microgrammes par jour, puis augmente très progressivement pour ménager le cœur (HAS, 2023).
La cible de TSH
Le but est une TSH dans les normes du laboratoire, avec une amélioration de votre ressenti (HAS, 2023). La cible varie selon les situations :
- →Femme enceinte : TSH visée plus basse, jusqu'à environ 2,5 mUI/L. La dose de lévothyroxine augmente de 20 à 30 % dès que la grossesse est connue (HAS, 2023).
- →Après cancer de la thyroïde : TSH cible parfois plus basse (freination), fixée par l'endocrinologue selon le risque de récidive du cancer.
- →Personne âgée : TSH visée dans le haut des normes adaptées à l'âge, et toujours au-dessus de 1 mUI/L, pour éviter le surdosage et ses risques (trouble du rythme cardiaque, fragilité des os) (HAS, 2023).
Le rythme de suivi
- 1Contrôle de TSH 6 à 8 semaines après le début du traitement, puis après chaque changement de dose ou de marque
- 2Vous êtes considéré comme équilibré quand 2 TSH à 3 mois d'écart sont normales avec la même dose
- 3Ensuite, une TSH par an, en tenant compte de votre ressenti (HAS, 2023)
Si vous pensez être surdosé (palpitations, insomnie, nervosité, perte de poids) ou sous-dosé (retour des symptômes), contactez votre médecin. Ne modifiez jamais la dose vous-même entre deux consultations. Un ajustement mal calibré peut déséquilibrer votre thyroïde pour plusieurs semaines.
Quels sont les cas particuliers de l'hypothyroïdie ?
La femme enceinte : le cas le plus urgent
L'hypothyroïdie pendant la grossesse est une situation qui ne supporte pas l'attente. Pendant tout le premier trimestre, le fœtus dépend exclusivement des hormones thyroïdiennes de la mère pour son développement neurologique. Une hypothyroïdie non traitée ou mal contrôlée pendant la grossesse augmente le risque de :
- !Fausse couche spontanée
- !Accouchement prématuré
- !Retard de développement neurologique de l'enfant
- !Prééclampsie
Dès que la grossesse est connue, la dose de lévothyroxine augmente de 20 à 30 %. La TSH est ensuite contrôlée toutes les 4 à 6 semaines jusqu'à 22 semaines d'aménorrhée, puis une fois entre 30 et 34 semaines (HAS, 2023). Si vous êtes sous Levothyrox et que vous êtes ou pensez être enceinte, appelez votre médecin aujourd'hui, sans attendre la prochaine consultation programmée.
Si vous ne pouvez pas joindre vite un médecin, la HAS prévoit que vous preniez 2 comprimés de plus par semaine en attendant, par exemple 2 comprimés le lundi et le jeudi au lieu d'un. Parlez-en à l'avance avec votre médecin. Après l'accouchement, on revient à la dose d'avant la grossesse, avec une TSH 6 semaines plus tard (HAS, 2023).
L'enfant : le dépistage néonatal est proposé à tous
En France, le dépistage de l'hypothyroïdie congénitale est proposé à tous les nouveau-nés depuis 1978. Entre 48 et 72 heures après la naissance, quelques gouttes de sang sont prélevées au talon ou au dos de la main, sur un papier buvard (test de Guthrie). Ce dépistage est fortement recommandé, sans être obligatoire. Près de 300 enfants sont pris en charge chaque année grâce à lui (CNCDN). Il permet de détecter l'hypothyroïdie congénitale avant l'apparition des symptômes et de démarrer un traitement dans les deux premières semaines de vie.
Sans traitement précoce, l'hypothyroïdie congénitale entraîne un retard de développement intellectuel irréversible (anciennement appelé crétinisme). Avec un traitement instauré dans les deux premières semaines de vie, le développement est généralement normal.
La personne âgée : le diagnostic difficile
Chez les patients de plus de 70 ans, les symptômes de l'hypothyroïdie sont souvent atypiques : confusion, chutes, troubles de la mémoire, insuffisance cardiaque. Ils sont souvent attribués au vieillissement normal ou à d'autres pathologies. La HAS conseille de doser la TSH en cas de déclin de la mémoire inexpliqué ou d'insuffisance cardiaque, mais pas du seul fait de l'âge (HAS, 2023). Après 65 ans, une TSH un peu élevée peut être normale pour l'âge. Le traitement est conseillé au-dessus de 20 mUI/L et se discute entre 10 et 20 mUI/L. Par ailleurs, chez la personne âgée, un surdosage en lévothyroxine est dangereux : il peut provoquer une fibrillation atriale (trouble du rythme cardiaque). La TSH cible est donc souvent plus haute.
Faut-il un régime spécial en cas d'hypothyroïdie ?
Internet regorge de « régimes pour la thyroïde ». La réalité est moins sexy : il n'existe pas de régime alimentaire spécifique validé scientifiquement pour traiter ou améliorer l'hypothyroïdie. Ce qui compte réellement :
- ✓Respecter les règles de prise du Levothyrox : c'est de loin la mesure la plus efficace. Voir la partie « Comment bien prendre son Levothyrox ? » plus haut.
- ✓Apport adéquat en iode : la thyroïde a besoin d'iode pour fabriquer ses hormones. En France, les besoins sont couverts par l'alimentation normale (poissons, produits laitiers, sel iodé). Les suppléments d'iode ne sont utiles qu'en cas de carence avérée.
- ✓Apport adéquat en sélénium : le sélénium joue un rôle dans la conversion de T4 en T3 active. Les aliments riches en sélénium (noix du Brésil, poissons, œufs, viandes) peuvent être utiles, mais la supplémentation systématique n'est pas recommandée sans dosage préalable.
- ✓Les goitrogènes, sans interdiction : le brocoli, le chou, le chou-fleur, le radis et le navet contiennent des substances (goitrogènes) qui peuvent théoriquement réduire la synthèse des hormones thyroïdiennes. En pratique, sous Levothyrox, leur impact est négligeable à dose alimentaire normale. Pas besoin de les supprimer.
Certains patients achètent des suppléments d'iode en pensant « nourrir leur thyroïde ». En cas d'hypothyroïdie auto-immune (Hashimoto), un excès d'iode peut aggraver l'inflammation auto-immune et détériorer la fonction thyroïdienne. Ne prenez jamais de suppléments d'iode sans dosage biologique préalable et accord médical. La HAS ne recommande pas les compléments alimentaires ni les préparations à base d'iode pour traiter l'hypothyroïdie (HAS, 2023).
Quel médecin consulter pour une hypothyroïdie ?
- →Médecin généraliste : premier interlocuteur pour le diagnostic et le suivi de routine. Prescrit le Levothyrox, surveille la TSH, coordonne les avis spécialisés.
- →Endocrinologue : indispensable dans les formes compliquées : hypothyroïdie post-cancer de la thyroïde, formes résistantes au traitement, grossesse chez une hypothyroïdienne, symptômes résiduels persistants, hypothyroïdie centrale (rare, origine hypophysaire). La HAS (2023) conseille aussi son avis en cas de désir de grossesse, de goitre, de nodule ou de maladie des artères du cœur.
- →Gynécologue-obstétricien : pour le suivi thyroïdien pendant la grossesse, en coordination avec le généraliste ou l'endocrinologue.
- →Pédiatre ou endocrinologue pédiatrique : pour le suivi de l'hypothyroïdie congénitale ou de l'hypothyroïdie de l'enfant.
- →Chirurgien endocrinien : en cas de goitre compressif, de nodule suspect ou de cancer thyroïdien nécessitant une thyroïdectomie.
Quand appeler le 15 ou aller aux urgences ?
- ! Somnolence extrême, confusion, perte de connaissance
- ! Température corporelle très basse (hypothermie)
- ! Pouls très lent (moins de 50 battements par minute)
- ! Difficultés à respirer, souffle court
- ! Chez la femme enceinte : toute modification inhabituelle des résultats thyroïdiens notifiée par le laboratoire
- → Retour brutal des symptômes malgré un traitement en cours
- → Palpitations, insomnie, agitation (signes de surdosage)
- → Changement de spécialité (Levothyrox remplacé par un autre) fait à la pharmacie
- → Grossesse découverte : bilan thyroïdien en urgence
Comment expliquer l'hypothyroïdie à un enfant ?
Cette partie est écrite pour les enfants qui savent lire.
Dans ton corps, il y a une toute petite glande dans le cou qui s'appelle la thyroïde. Elle ressemble à un papillon. Son travail, c'est d'envoyer des messages à tout ton corps pour lui dire à quelle vitesse travailler : à quelle vitesse doit battre le cœur, à quelle vitesse digérer le repas, combien d'énergie utiliser.
Quand quelqu'un a une hypothyroïdie, sa thyroïde envoie trop peu de messages. Alors le corps se met à aller moins vite que d'habitude. La personne se sent très fatiguée, elle a tout le temps froid, elle prend du poids sans manger plus, et elle a du mal à se concentrer.
Heureusement, il existe un médicament qui remplace les messages que la thyroïde n'envoie plus. Il s'appelle le Levothyrox. On le prend chaque matin, et il aide le corps à retrouver sa vitesse normale. Ce n'est pas douloureux du tout. Avec ce médicament pris tous les jours, sans l'oublier, on peut vivre comme tout le monde.
Quiz à imprimer : connaissez-vous bien l'hypothyroïdie ?
Quiz : connaissez-vous bien l'hypothyroïdie ?
Cochez « vrai » ou « faux ». Les réponses sont en bas. Ce quiz sert aussi en atelier d'éducation thérapeutique.
- La maladie de Hashimoto est la cause la plus fréquente d'hypothyroïdie.VraiFaux
- Pour chercher une hypothyroïdie, on commence par doser la TSH dans le sang.VraiFaux
- Une scintigraphie est indispensable pour confirmer une hypothyroïdie.VraiFaux
- Le Levothyrox se prend le matin à jeun, 20 à 30 minutes avant le petit-déjeuner.VraiFaux
- On peut avaler son comprimé avec son café du matin.VraiFaux
- Le calcium et le fer se prennent au moins 2 heures après la lévothyroxine.VraiFaux
- Quand je me sens mieux, je peux baisser ma dose tout seul.VraiFaux
- Je prends du Levothyrox et je découvre que je suis enceinte : j'appelle mon médecin le jour même.VraiFaux
- Les compléments d'iode aident à soigner l'hypothyroïdie.VraiFaux
- Sous traitement, il faut supprimer le chou et le brocoli.VraiFaux
Voir les réponses
- Vrai. C'est une maladie auto-immune : les défenses du corps attaquent la thyroïde.
- Vrai. La TSH est le premier examen. La T4 libre est dosée ensuite si besoin.
- Faux. Selon la HAS, la scintigraphie ne sert pas au diagnostic de l'hypothyroïdie.
- Vrai. Une seule prise, avec de l'eau. La nourriture gêne le passage du médicament dans le sang.
- Faux. Le café réduit l'absorption du médicament. Gardez-le pour le petit-déjeuner.
- Vrai. Ils gênent l'absorption de la lévothyroxine s'ils sont pris trop près.
- Faux. Aller mieux veut dire que le traitement marche. Ne changez jamais la dose sans votre médecin.
- Vrai. La dose doit augmenter de 20 à 30 % dès le début de la grossesse.
- Faux. La HAS ne les recommande pas. Avec une maladie de Hashimoto, trop d'iode peut même aggraver la maladie.
- Faux. Aux quantités habituelles, leur effet est négligeable sous traitement.
Quiz MediScribe, mediscribe.fr. Ce document ne remplace pas l'avis de votre médecin.
Sur quelles sources s'appuie cette fiche ?
- Haute Autorité de santé, Prise en charge des dysthyroïdies chez l'adulte, recommandation de bonne pratique (validée en décembre 2022, publiée en mars 2023)
- American Thyroid Association, Hypothyroidism (page consultée en 2026)
- ANSM, Résultats des enquêtes nationales de pharmacovigilance sur les spécialités à base de lévothyroxine (2018)
- Pearce SHS et al., 2013 ETA Guideline: Management of Subclinical Hypothyroidism, European Thyroid Journal (2013). DOI 10.1159/000356507
- Benvenga S et al., Altered intestinal absorption of L-thyroxine caused by coffee, Thyroid (2008). DOI 10.1089/thy.2007.0222
- Haute Autorité de santé, Prise en charge des hypothyroïdies chez l'adulte, fiche de synthèse (2023)
- ANSM, Les médicaments à base de lévothyroxine disponibles en France, liste mise à jour le 1er octobre 2025 (2025)
- ANSM, Médicaments à base de lévothyroxine : Euthyrox sera disponible jusqu'à fin 2028 (2025)
- ANSM, Lévothyroxine : les études menées et les analyses en laboratoire (mise à jour 2023)
- Wiersinga WM et al., 2012 ETA Guidelines: The Use of L-T4 + L-T3 in the Treatment of Hypothyroidism, European Thyroid Journal (2012). DOI 10.1159/000339444
- Assurance maladie (ameli.fr), Règles de prescription des médicaments génériques, mention « non substituable (MTE) » (2023)
- Centre national de coordination du dépistage néonatal (CNCDN), Hypothyroïdie congénitale (consulté en 2026)
- Centre national de coordination du dépistage néonatal (CNCDN), FAQ parents : comment se déroule le dépistage (consulté en 2026)
- Bolk N et al., Effects of evening vs morning levothyroxine intake: a randomized double-blind crossover trial, Archives of Internal Medicine (2010). DOI 10.1001/archinternmed.2010.436
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