En bref

  • Le sommeil se fragmente naturellement avec l'âge, et l'entrée en institution peut accentuer ce phénomène.
  • La HAS déconseille la prescription systématique de somnifères chez les personnes âgées, en raison de leurs risques.
  • Les solutions non médicamenteuses (lumière, activité, rituels) sont recommandées en première intention.
  • Les troubles du sommeil sont fréquents dans la maladie d'Alzheimer et méritent une attention spécifique.
  • La famille peut agir concrètement sur les rituels du soir et le maintien d'une activité en journée.
Pour les résidents

Des conseils simples pour mieux dormir

Mal dormir n'est ni une fatalité ni une honte à cet âge. Il existe des gestes simples qui peuvent vraiment aider, avant de penser à un médicament.

  • Essayez de sortir ou de vous installer près d'une fenêtre en journée, la lumière naturelle aide à régler l'horloge du sommeil.
  • Évitez de faire une longue sieste l'après-midi, une courte sieste avant 15 heures suffit généralement.
  • Gardez, autant que possible, la même heure de coucher chaque soir.
  • Si un bruit ou une lumière vous dérange la nuit, dites-le à l'équipe, des solutions existent souvent.
  • Parlez de vos nuits difficiles à votre médecin avant de demander un somnifère : d'autres solutions existent souvent.

Ce texte s'adresse aux résidents. Si vous accompagnez un proche, ces conseils peuvent l'aider si vous les partagez avec lui, sans pression.

Pourquoi le sommeil se dérègle en institution

Le sommeil change naturellement avec l'âge : il devient plus léger, plus fragmenté, avec des réveils nocturnes plus fréquents. L'entrée en institution peut accentuer ce phénomène pour plusieurs raisons : perte des repères habituels, moindre activité physique en journée, anxiété liée à l'adaptation, environnement sonore ou lumineux différent du domicile, et parfois des horaires de repas ou de coucher qui ne correspondent plus aux habitudes personnelles.

Chez les personnes atteintes de troubles cognitifs, ce dérèglement peut être plus marqué encore, avec une inversion partielle du rythme jour-nuit. Le sujet est développé plus en détail dans notre page sur la maladie d'Alzheimer, où les troubles du sommeil sont fréquents et bien documentés.

Pourquoi la HAS déconseille les somnifères en première intention

La Haute Autorité de Santé recommande depuis plusieurs années d'éviter la prescription systématique de somnifères chez les personnes âgées. Ces médicaments exposent à des risques spécifiques à cet âge : somnolence diurne, troubles de l'équilibre qui augmentent le risque de chute, confusion, et un risque de dépendance en cas d'usage prolongé. Le bénéfice réel sur la qualité du sommeil est souvent limité face à ces risques.

Cette recommandation ne signifie pas qu'aucun traitement n'est jamais indiqué : dans certaines situations, un accompagnement médicamenteux ponctuel et encadré reste justifié. Mais il n'est plus considéré comme la réponse par défaut, et les alternatives non médicamenteuses sont recommandées en première intention.

Les solutions non médicamenteuses recommandées

Plusieurs approches, sans médicament, ont montré leur utilité pour améliorer la qualité du sommeil des personnes âgées en institution.

  • Exposition à la lumière naturelle en journée : elle aide à synchroniser l'horloge biologique interne et favorise un endormissement plus naturel le soir.
  • Maintien d'une activité physique adaptée : marche, gymnastique douce, participation aux activités proposées par l'établissement, dans la mesure des capacités de chacun.
  • Rituels du soir stables : une routine régulière avant le coucher (toilette, lecture, musique douce) envoie un signal clair au corps qu'il est temps de dormir.
  • Limitation des siestes prolongées en journée, en particulier après 15 heures.
  • Réduction du bruit et de la lumière pendant la nuit, dans la mesure du possible dans un environnement collectif.

Bon à savoir : les équipes soignantes peuvent adapter les horaires de coucher et de lever aux besoins individuels, dans la limite de l'organisation collective. N'hésitez pas à en parler si le rythme proposé ne correspond pas aux habitudes de votre proche.

À signaler à l'équipe soignante : une inversion complète du rythme jour-nuit, une agitation nocturne importante avec risque de chute, ou une somnolence diurne inhabituelle qui empêche votre proche de participer aux activités. Ces situations méritent une évaluation médicale plutôt qu'une adaptation seule des habitudes.

Les questions que les familles posent le plus souvent

Mon proche prenait déjà un somnifère avant l'entrée en EHPAD, faut-il l'arrêter ?

Un arrêt brutal n'est pas recommandé. Cette question se discute avec le médecin coordonnateur, qui peut envisager une diminution progressive si le traitement n'est plus jugé nécessaire ou adapté.

Les siestes en journée sont-elles mauvaises pour le sommeil de nuit ?

Une courte sieste en début d'après-midi n'est généralement pas problématique. Ce sont les siestes longues ou tardives dans la journée qui perturbent le plus souvent l'endormissement le soir.

Pourquoi mon proche est-il plus agité en fin de journée ?

Ce phénomène, parfois appelé syndrome crépusculaire, touche certaines personnes âgées et particulièrement les personnes atteintes de troubles cognitifs. La fatigue accumulée dans la journée et la baisse de lumière en sont des facteurs reconnus.

Peut-on demander un avis spécialisé du sommeil ?

Oui, dans certains cas complexes, une consultation gériatrique spécialisée ou un avis complémentaire peut être proposé par le médecin coordonnateur, en lien avec le médecin traitant.

Le sommeil, l'alimentation et la mobilité forment un ensemble qui se répond : des nuits agitées augmentent la fatigue en journée, et la fatigue est un facteur de risque connu de chute. La dénutrition peut également jouer un rôle indirect, quand la fatigue liée au manque de sommeil réduit l'appétit. Et un proche qui dort mal appelle souvent, la nuit ou au petit matin : un sommeil perturbé chez le résident finit par abîmer aussi celui de l'aidant, un sujet développé dans notre page sur l'épuisement de l'aidant.

Chercher la cause avant de chercher le comprimé

Un trouble du sommeil en institution est presque toujours un symptôme, pas une maladie. Avant d'envisager un traitement, la démarche recommandée consiste à passer en revue les causes réversibles, dont la plupart se corrigent sans ordonnance.

Les causes réversibles à explorer en premier
Cause possibleCe qui la trahit, et ce qu'on peut faire
Douleur non traitéeGrimaces, agitation au changement de position, plainte le matin. Une évaluation de la douleur adaptée aux personnes non communicantes existe : demandez-la.
Envies d'uriner nocturnesPlusieurs levés par nuit. Souvent lié à un diurétique pris trop tard dans la journée, ou à une infection urinaire.
Effet secondaire d'un traitementTrouble apparu après une modification d'ordonnance. Une révision de l'ordonnance par le médecin coordonnateur peut être demandée.
EnvironnementBruit de couloir, lumière, température, porte ouverte pour la surveillance. Ce sont les causes les plus faciles à corriger, et les plus souvent ignorées.
Manque de lumière du jourJournées passées en intérieur, volets peu ouverts. L'exposition matinale à la lumière naturelle resynchronise l'horloge biologique.
Angoisse du soirAgitation qui monte en fin de journée. Un accompagnement psychologique et un rituel stable font davantage qu'un anxiolytique.

Sur les somnifères déjà en cours : un traitement entamé avant l'entrée ne s'arrête jamais brutalement. L'arrêt se fait progressivement, sur avis médical, avec un accompagnement. En revanche, toute prescription doit être réévaluée régulièrement : une ordonnance reconduite depuis dix ans sans réexamen n'est pas un traitement, c'est une habitude.

Enfin, une précision qui rassure beaucoup de familles : dormir moins n'est pas dormir mal. Le sommeil de la personne âgée est physiologiquement plus léger, plus fragmenté, avec un coucher et un lever plus précoces. Le critère qui compte n'est pas le nombre d'heures, c'est la qualité de la journée qui suit : si votre proche est disponible, de bonne humeur et engagé dans la journée, son sommeil fait son travail.

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